• Le film de Philippe Agostini sortit sur les écrans en 1960, il y a plus de cinquante ans. Il est inspiré de la nouvelle de Gertrud von Le Fort " La dernière à l'échafaud" et de l’œuvre posthume de Bernanos qui en écrivit les dialogues.

    On y raconte qu'une novice du carmel de Compiègne qui avait d'abord fui devant la perspective d'une mort violente rejoignit ses soeurs au pied de la guillotine. Si les carmélites de Compiègne ont bel et bien été exécutées durant la Terreur, en 1794, elles n'avaient aucune novice du nom de Blanche de la Force, sœur Blanche de l'agonie du Christ.

     

    le dialogue des carmélites

     

    Les faits qui ont inspiré le film, comme la pièce de théâtre et l'opéra se sont déroulés à Compiègne puis à Paris de 1789 à 1794. L'assemblée nationale ayant suspendu les vœux des religieux, Sr Constance ne put faire sa profession. Malgré les protestations de sa famille (son frère tenta de l'emmener avec lui) elle préféra rester au couvent, avec ses consœurs. En 1792, les carmélites furent expulsées de leur couvent. Elles vivèrent alors en petits groupes, dans des maisons qui communiquaient entre elles et continuèrent cachément leur vie religieuse. Elles furent arrêtées en 1794, incarcérées durant quelques semaines, puis conduites à Paris pour y être jugées et guillotinées. Trois soeurs qui avaient dû s'absenter pour des raisons familiales échappèrent à l'arrestation et à la mort. L'une mourut de mort naturelle, on aurait perdu la trace d'une seconde, quant à la dernière, Marie de l'Incarnation, elle survécut, après avoir traversé bien des épreuves, et parvint à récolter des documents et des témoignages sur le martyr de ses consœurs.

     

     

    Revenons-en au film, à présent. Est-il vraiment utile de préciser qu'il ne faut pas y chercher un parfait tableau de la vie religieuse ou même de la vie carmélitaine ? Allons, sacrifions à l'habitude de relever les incohérences. Le film fait débuter la vie religieuse avec la prise d'habit et ignore l'étape du postulat. Les deux jeunes candidates reçoivent un crucifix, alors que c'est le signe de la profession, et un anneau qu'elles mettent elles-même au doigt. Outre le fait que l'anneau se reçoit à la profession, les carmélites n'en portent pas.

     

    le dialogue des carmélites

    On ne tient pas une récréation dans les cloîtres, ni au préau, mais on peut la faire au jardin. On ne parle pas dans les lieux réguliers, c'est à dire dans les couloirs, le réfectoire, la chapelle, le chœur. L'échange de paroles se limite au minimum la plupart du temps sauf au moment des récréations, qui suivent les repas. On ne mange pas non plus sans permission et Sr Constance manque gravement aux règles en dévorant quatre pommes. Quant à regarder par dessus le mur de clôture, c'est loin d'être considéré comme une peccadille à l'époque. La prieure déclare que la règle autorise une sœur à voir sa famille. C'est vrai, mais les parloirs et leur fréquence sont régulés et n'ont pas lieu la nuit, temps du grand silence. Les tourières, à l'époque, n'étaient pas des religieuses mais des servantes laïques.

     

    Les grilles et les portes sont solides et ne se déforment pas sous la poussée d'une foule en délire. Il aurait fallu un marteau pour les démanteler et autre chose qu'une poutre de bois pour enfoncer une porte de clôture. Si un ange transperce le cœur de Thérèse d'Avila, ce n'est pas avec un glaive, mais une lance au bout enflammé et ce n'est pas pour la faire mourir, mais pour la consumer d'amour. L'épisode est assez connu au Carmel pour faire l'objet d'une fête. On se demande pourquoi une novice l'ignorait. Autrefois, les carmélites prononçaient leurs voeux au chapitre, devant la communauté, sans la présence d'un prêtre. La cérémonie publique était la prise de voile, au cours de laquelle on leur remettait le voile noir. Les carmélites ne dorment pas sur une simple planche de bois. Même autrefois, elles disposaient d'une paillasse. Il n'y a pas de crâne dans leur cellule. Le crâne trônait au réfectoire.

    le dialogue des carmélites

     

    Passons au chapitre vestimentaire dont raffolent certains lecteurs de ce blog. Le costume très séant porté par les actrices n'est pas celui des carmélites. Celles-ci portent une toque qui laissent leur front dégagé et attachent leur voile à un doigt du bord de leur coiffe. Le scapulaire est passé sur la toque, les bretelles sont apparentes. Elles portent une ceinture de cuir et non de corde qui est un apanage franciscain. Le voile qu'elles portaient pour masquer leur visage était de toile et non de gaze. Elles voyaient au travers (faites l'expérience !) mais leurs vis à vis ne distinguaient pas leurs traits. Ce voile était de la même couleur que leur voile du dessous. Les novices et les converses en portaient un blanc.

     

     

    Mais au fait, tout cela a très peu, vraiment très peu d'importance. Parce que le film n'est pas à prendre au premier degré, comme une relation exacte des faits, mais au second degré, comme une réflexion sur notre regard face à la mort. Rappelons que Bernanos qui écrivit les dialogues n'a jamais vu le film. Il était aux prises avec la maladie qui allait l'emporter quand il rédigea cette œuvre. On la découvrit après son décès.

     

    le dialogue des carmélites

    Passons sur le fait que les novices ou les nonnes font la causette dans le cloître ou là où elles ne le devraient pas, écoutons plutôt ce qu'elles racontent. Le personnage de Blanche de la Force n'a jamais existé. C'est simplement l'incarnation de nos peurs, de notre angoisse face à la mort. La réflexion sur l'opportunité du sacrifice, du martyr s'élève bien au-dessus d'une histoire de régularité, d'habits et de chiffons. Le nœud, le cœur de la trame se trouve bien là. Est-il opportun, indiqué, utile, de mourir en martyr ? D'ailleurs, à y regarder de plus près, chacun des ces rôles représente, non un personnage historique, mais un état d'esprit.

     

    La mère prieure incarne la voix de la prudence et de la raison. Elle ne cherche pas la mort pour elle-même. Elle est juste prête à assumer les conséquences de ses engagements. Il lui importe d'abord de préserver la communauté.  Elle ne prononce pas le vœu de martyr, elle le juge même inconsidéré. Elle envisage un déménagement pour soustraire "ses filles" au danger. Elle vise d'abord la préservation de la vie de ses sœurs et de la vie de l'ordre.

    le dialogue des carmélites

     

    Mère Marie de l'Incarnation offre sa voix à une certaine radicalité qui frise l'intransigeance. Elle voit dans le cours que prennent les événements un signe de la volonté divine. Pour elle, il ne fait pas de doute que Dieu attend ce sacrifice d'elle et de ses consœurs. S'y dérober, chercher à y échapper serait de la lâcheté. Elle profite de l'absence de la prieure et des menaces plus pressantes sur la communauté pour lui faire prononcer un vœu de martyr. Elle pousse Blanche de la Force à s'y montrer fidèle et s'apprête à regagner ses consœurs condamnées à mort.

     

    Lorsque Blanche rencontre Mère Marie, elles portent toutes les deux le même type de vêtement : une collerette blanche et un fichu noir qui rappelle leur tenue monacale. L'une veut aller au devant de la mort, l'autre recule, effrayée, se demandant quel sens cela peut avoir. Ces deux personnages incarnent ce qui a pu se passer dans la tête et dans le cœur de ces femmes qui ont été confrontées, un jour, à la conséquence de leurs engagements. On pourrait même y voir les deux facettes d'une même personne face à un choix crucial.

     

    le dialogue des carmélites

    Dans la réalité, les carmélites de Compiègne n'ont pas fait ce vœu de martyr, mais elles ont offert solennellement leur vie  à Dieu, en sacrifice, et ont renouvelé chaque jour cette oblation. Sans nulle doute, certaines ont dû trembler et frémir devant ce que cela pouvait impliquer.

     

    Le film se termine en inversant les routes toutes tracées car nul ne choisit son destin ou sa mort. Mère Marie de l'Incarnation est empêchée de réaliser son vœu, l’aumônier la retient; en effet, elle doit vivre pour perpétuer le carmel. La prieure qui n'a pas fait ce vœu, le réalise en acceptant le cours des choses et fait courageusement face à sa destinée. Elle accompagne ses sœurs et les soutient dans leur chemin vers le martyr, elle les aide à mourir dignement.

     

    Quant à Blanche de la Force, elle se montre enfin digne du nom que lui a donné l'écrivaine qui l'a créée, au fait son propre nom: von Le Fort. La vieille prieure qui l'avait accueillie est morte dans l'angoisse pour que la jeune novice puisse aller d'un pas allègre vers l'échafaud. Les deux femmes semblent avoir échangé leur mort comme on échange un vêtement au vestiaire, écrira Bernanos. Elle rejoint le groupe des condamnées, reçoit le manteau de la prieure et gravit en chantant l'escalier qui mène à la guillotine. Avec ce personnage, c'est la peur elle-même qui s'éteint ou plutôt qui est transcendée. Au delà de la mort inéluctable, reste la force de caractère pour faire face aux événements funestes, la confiance en Dieu et la foi en la vie éternelle.


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  • Mon âme se repose en paix sur Dieu seul

    De lui vient mon salut

    Oui, sur Dieu seul, mon âme se repose

    Se repose en paix.

     

     

     

     

     

     

    Psaume 67 par le Wesminster Abbey Choir



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  • Pour illustrer ce blog, je vais de temps en temps faire des captures d'écran de films anciens. C'est ainsi que j'ai retrouvé un film vieux de près de trente ans : Thérèse, par Alain Cavalier.

     

    thérèse de lisieux,alain cavalier

     

    Le film a de grandes qualités cinématographiques et j'apprécie toujours de pouvoir le revoir. Mais une chose doit être claire dans la tête du spectateur. Le film s'inspire de la vie de Thérèse de Lisieux, il ne la retrace pas avec exactitude. Les scènes traduisent, rendent des réalités vécues par la carmélite lexovienne mais d'une manière évocatrice, imagée. Ce serait un erreur de vouloir reconstituer le quotidien de la jeune religieuse par le biais de ce film.

     

    Par exemple, le réalisateur fond en un seul personnage, deux religieuses différentes en romançant sur leur passé. Il y avait bel et bien une veuve au Carmel de Lisieux, mais elle a survécu à Thérèse. D'un autre côté, la jeune nonne a connu la fondatrice du couvent et a recueilli l'une de ses larmes quand elle est décédée.

     

    Pas de Sr Lucie dans la "vraie vie", mais l'une des sœurs que Thérèse s'était proposée d'aider et dont la compagnie était fuie par "les meilleures", qui considérait cela au-dessus leurs forces, a fini par quitter la vie religieuse à cause de sa neurasthénie. Ce n'est pas cette sœur qui fut écartée de Thérèse, une fois celle-ci malade, à cause de la contagion,  mais une jeune novice qu'elle avait formée et qui lui était très attachée.

    Des paroles prononcées par des personnes différentes se retrouvent dans la bouche de la supérieure, des états d'esprit sont verbalisés dans des dialogues qui résument bien ce qu'il en était mais qui n'ont jamais eu lieu, etc. Le langage est résolument moderne, mais totalement déphasé avec les paroles, et surtout les non-dits, d'usage à l'époque. Le chapelain n'était pas le supérieur hiérarchique des carmélites, et celui-ci n'a jamais dit au père de Thérèse qu'il voulait caser ses filles parce qu'il avait la bougeotte. Mais il est vrai aimait beaucoup voyager. Céline n'a pas fait reproche à ses sœurs d'avoir provoquer la maladie de son père. Mais dans le film, elle exprime les rumeurs qui couraient à Lisieux, à cette époque. En fait, Louis Martin souffrait d'artériosclérose.

    thérèse de lisieux,alain cavalier

     

    Le film ne rend pas la durée de la vie de Thérèse au Carmel, neuf ans, avec ses longueurs, l'exercice de la patience, l'alternance des supérieures, le passage de l'adolescence à l'âge adulte ; Thérèse entre à quinze ans et meurt à vingt-quatre ans. Il prend de grandes libertés avec la chronologie (on ne voit pas de postulat, par exemple).

    Quelques détails anecdotiques. Il était impossible, à l'époque, de s'embrasser à travers la grille d'un parloir. La grille était double avec de petits croisillons et, de plus, elle était hérissée de picots. Les habits des carmélites sont plus ou moins respectés, mais ils sont simplifiés pour les rendre, sans doute, plus esthétiques. Se faire flageller par une autre soeur n'était pas une mortification pratiquée à Lisieux. Par contre, on la retrouve dans la biographie d'une prieure très encline à ce genre de macérations.  Céline n'a jamais eu de fiancé nommé Sébastien et la maladie de Louis Martin est survenue après qu'elle lui ait annoncé d'entrer, à son tour, au couvent. Le cinéaste passe sous silence le "vilain petit canard" de la famille, Léonie, qui a fini par rentrer à la Visitation, après deux tentatives avortées.

    Bref, pour démêler le rendu évocateur et symbolique des faits réels, mieux avoir lu les œuvres complètes de Thérèse, avec toutes ses annotations.

     

    Crédits Photos : Thérèse, Alain Cavalier.


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  •  Comme toujours, l'histoire que vous allez lire est vraie, seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents.

     

    Pour ne pas jeter le discrédit sur un ordre religieux qui a souffert et souffre toujours de la situation, nous l'appellerons ordre de St Ores, un saint qui n'existe pas.

     

    Sr Fausta, soeur orésienne depuis près de vingt ans, a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres et s'est fait renvoyer d'un autre en Terre Sainte. Elle échoue dans une communauté près de sa fin, joue de son charme et en devient  la supérieure. Elle accueille ses premières novices et impose au couvent un mode de vie déséquilibré. Une relation trouble la lie à l'une d'elle , Alexandra, à qui elle confie prématurément, pas mal de responsabilités. Des novices et une soeur conventuelle préfère quitter le monastère et les premières plaintes parviennent aux oreilles des responsables ecclésiastiques. Pourtant deux jeunes filles , Marie-Noëlle et Martine entre dans ce couvent.

     

     

     Martine entre à saint-Hilaire au courant de l'été 1986. Ses parents, à qui elle avait confié le soin de gérer ses actions en bourse, préfère les donner à Mère Fausta, considérant qu'une dot doit être donnée au couvent.  La religieuse a toujours dit que l'argent qu'une candidate amène en entrant est placé et que seuls les intérêts vont au couvent. Pourtant quand soeur Angeline a rejoint sainte-Barbe, la supérieure a été bien embarrassée pour faire passer cette dot à la nouvelle communauté. Elle a dû procéder par versements successifs. L'argent censé être placé avait été dépensé.

     

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    Mère Fausta a assuré  Martine que le courrier qui arrivait au couvent était rendu tel quel aux religieuses et que les lettres que les sœurs envoyait n'était pas lues. Mais quand elle explique à la jeune postulante comment  certaines petites pratiques du couvent, elle lui raconte que Marie-Noëlle lui donne ses lettres à lire avant de les envoyer, que ce sont ces parents qui lui ont demandé de le faire, qu'elle ne doit pas s'étonner de cela.  Il passe bien par la tête de Martine qu'elle ne s'en serait pas aperçue, qu'elle n'irait pas regarder si les lettres de Marie-Noëlle sont ouvertes ou non. Mais Mère Fausta a une telle aura que l'idée ne fait que traverser son esprit très rapidement. La jeune fille se demande si elle ne devrait pas en faire autant. Mère Fausta assure qu'elle la laisse libre, que cela lui permettrait de mieux la connaître, mais qu'elle fera comme elle veut, et que si un jour elle remet son courrier fermé, après l'avoir remis ouvert, elle ne posera aucune question. Martine décide donc de laisser ses lettres ouvertes, parce qu'elle ne veut pas faire les choses à moitié et qu'elle veut tout donner à Dieu.

     

    Et pourtant, quelques mois plus tard, quand Martine va prendre l'habit, elle envoie un courrier pour  clôturer son dernier compte en banque et le remet fermé, Mère Fausta vient la trouver, elle lui reproche son manque d'ouverture, de faire des choses cachément. Elle l'accuse de ne pas lui avoir parlé d'un courrier de son père spirituel qu'elle a invité à sa vêture. Martine ne pourrait pas lui en parler, pour la bonne et simple raison qu'elle ne l'a pas reçu.  Le discours de la supérieure ne tient pas debout, mais la jeune candidate passe allègrement par-dessus toutes ces contradictions.

     

     

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    Les contradictions sont pourtant nombreuses. Une fois que Martine a pris l'habit, elle voit l'attitude de la prieure changer à son égard. Elle se montre susceptible, colérique, versatile. Alors que le noviciat est consacré à la formation et suppose que la candidate puisse consacrer plus de temps à la prière et à la lecture, Martine et Marie-Noëlle se voient constamment surchargées de travail. On leur en demande plus que de temps dont elles ne disposent.

     

    Bien des fois, Martine voit des choses, des situations, qui lui apparaissent comme anormales, mais elle se tait, elle n'ose rien dire. Mère Fausta lui fait une telle impression qu'il lui serait difficile de la contredire. Et pourtant ... Pour sa fête, Mère Fausta a reçu des cadeaux des sœurs. Sœur Jeanne, âgée et de mauvaise santé, lui a fabriqué une crèche en contreplaqué. Lorsque cette dernière vient au bureau de Mère Fausta alors que celle-ci est en conversation avec Martine, la supérieure se plaint du présent, dit qu'elle ne sait qu'en faire, qu'il lui aurait fallu un cadeau utile. Sœur Jeanne suggère qu'on peut le donner aux frères et sœurs de Sœur Marie-Noëlle, mais la supérieure rétorque sèchement que les enfants d'aujourd'hui veulent "du beau".

     

     

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    Il est évident que Sr Marie-Noëlle n'est pas à sa place dans un couvent, malgré toute sa piété. Cette jeune sœur a trop de tempérament, elle vit sur le nerfs, ne sait pas se plier aux règles, respecter une consigne, un interdit. Son caractère primesautier se heurte souvent à celui de sa maîtresse des novices et à celui, plus colérique, de Sr Alexandra. Pourtant Mère Fausta ne manque pas de la laisser sous la responsabilité de cette dernière, en ce qui concerne le travail. Les deux nonnes se disputent le plus clair de leur temps.

     

    Ces disputes prennent des allures de scènes violentes, au point verbal. La Mère Fausta, sous couvert d'aider à comprendre l'autre, distille sournoisement des informations peu valorisantes d'une soeur à une autre. Manquant à la plus élémentaire discrétion, elle révèle lors d'entretiens privés des détails recueillis sous le sceau de la confidence, concernant la vie et la famille des novices. Mais elle enrobe si bien les choses et la fascination qu'elle exerce sur ses jeunes recrues est telle qu'elles ne se récrient pas en entendant de telles indiscrétions.

     

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    Loin "d'aider à comprendre" ces détails indiscrets sèment la suspicion et le discrédit entre les sœurs, surtout les plus jeunes. Ils entretiennent un climat de suspicion et d'hostilité, favorisent la délation de menus manquements. Sr Martine se croit obligée d'avouer tout ce qui lui tape sur les nerfs dans le comportement de Sr Marie-Noëlle alors qu'elle n'aurait tout simplement ignorer pas mal de choses, si Mère Fausta n'avait insidieusement porté son attention sur les petits côtés de sa compagne de noviciat. 

    Lors de ses frottements avec cette novice qui la prend parfois en défaut, Mère Fausta proteste souvent de son "humilité", un mot qui lui revient souvent à la bouche, pourtant le fait est qu'elle ne supporte pas la contradiction. Très souvent, elle met en avant que, selon les termes de la règle, Dieu l'a placée à cette place et qu'il a dit aux chefs des Eglises "qui vous écoute, m'écoute". Elle tient donc que sa parole est "parole de Dieu" et que ne pas l'écouter, la prendre au sérieux est un manque de foi. Et cela qu'il s'agisse de choses spirituelles comme d'autres, des plus banales comme de déplacer un vase ou d'ouvrir une porte. Si une sœur oublie l'une de ses recommandations, comme de mettre tel ingrédient dans la soupe, il s'agit donc, pour Mère Fausta, d'un manque de foi.

     

     

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    Une sœur prend-elle une initiative, sans la consulter, parce qu'il s'agit d'une chose ordinaire, qui lui semble aller de soi ? Elle manque à l'obéissance, parce qu'elle n'a pas demandé l'avis de la supérieure. Mais si la sœur prend la peine de la consulter pour ce genre de détail insignifiant et qu'elle la dérange lorsqu'elle est en train de travailler,  cette sœur est un bébé, une irresponsable, on ne peut pas compter sur elle. Mère Fausta est quelqu'un avec qui on ne sait jamais sur quel pied danser et avec qui on se demande toujours si on fait bien ou mal en agissant comme ceci ou comme cela.

     

    Mère Fausta sait toujours mieux que vous ce que vous pensez et ce dont vous vous souvenez. Elle fait une scène à une novice parce qu'elle ne trouve pas un numéro d'une revue religieuse dans la bibliothèque du noviciat dont cette sœur est responsable. Elle a abonné le noviciat à cette revue, dit-elle haut et fort, mais la novice qui est là depuis près deux ans n'en a jamais vu aucun exemplaire. Elle hausse le ton, menace d'aller chercher la souche du bulletin de virement. La novice bredouille : elle n'a aucun souvenir d'avoir reçu cette revue. Mère Fausta la gronde en l'accusant de n'avoir pas d'ordre, puis s'en va, mécontente. 

     

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    S'il est bien un calvaire pour Sœur Martine et Sœur Marie-Noëlle se sont bien les répétitions de chant. Non seulement elles se prolongent à l'infini, sans le souci du respect de l'horaire — Mère Fausta n'a aucun scrupule à empiéter sur l'heure où l'office doit commencer, tant pis pour le reste de la communauté qui l'attend respectueusement pendant parfois plus de vingt minutes — Mais en ce domaine aussi Mère Fausta prétend en connaître plus que ses deux novices. Pourtant l'une et l'autre ont accompli leur cursus de solfège en entier et joue chacune d'un instrument. La prieure argue de son approche "priante" du chant pour ne pas respecter une partition. Elle prend ses libertés avec la mélodie, les autres n'ont qu'à la suivre et retenir celle qu'elle veut chanter. Quant au rythme, elle ne sait pas trop de quoi il s'agit. 

     

     Crédits photos : La religieuse, Rivette ; Sister Act ; femmez et religieuses (captures d'écran).

     

    Episode 1 , épisode 2épisode 3épisode 4épisode 5,  épisode 6,  épisode 7,

    épisode 8, épisode 9

     


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  • 23/12/2013

     

    Plusieurs articles sur la toile ont fait, il y a peu, état de dissensions dans un institut assez récent : les soeurs contemplatives de St Jean. Au cours des années septante, un petit groupe d'étudiants se regroupent autour d'un dominicain, le père Marie-Dominique Philippe, pour lui demander d'être leur accompagnateur spirituel et de les former à la vie religieuse. Plutôt que de les orienter vers des formes de vie religieuses déjà existantes, parce que les premiers concernés ne s'y sentent pas appelés, le dominicain se trouve amené, un peu malgré lui, dit-il, à fonder une nouvelle congrégation, la communauté St Jean.

     

    A l'heure de l'aggiornamento, la congrégation se distingue par son retour aux "vieilles recettes" : port de l'habit, candidats très jeunes, sermons sur l'enfer, etc. Cela fait parfois froncer les sourcils des vieux de la vieille, d'autres ordres et congrégations. Certains scandales vont par la suite, secouer cette nouvelle famille religieuse, mais je ne vais pas m'y attarder.

     

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    Au début des années quatre-vingts, on voit surgir une branche féminine apostolique, qui adopte également  un habit d'un autre âge, puis c'est au tour d'une branche contemplative féminine de voir le jour. Chez les sœurs également, des rumeurs de dysfonctionnements voient le jour et finissent par trouver un écho dans la presse et les mouvements anti-sectes. On parle de négligence en ce qui concerne les santés des sœurs, d'un attachement trop grand au fondateur ou aux fondatrices et de manipulation des consciences.

     

    Le fait est que le vieux dominicain, qui est resté dans son ordre, a du mal à passer le relais. Il faudra que Rome intervienne pour que le nonagénaire laisse le gouvernement de la congrégation au premier prieur général élu. Pour en revenir aux sœurs contemplatives, les choses prennent de telles proportions que l'autorité ecclésiastique décide d'intervenir. 

     

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    Je cite ici wikipedia :

     

    "Sœur Alix, fondatrice et prieure générale depuis 1982, est limogée en juin 2009 par décret du cardinal Philippe Barbarin pris en accord avec le Vatican et remplacée par une autre sœur. Cette décision choque alors de nombreuses sœurs, mais aussi des frères de la communauté estimant que sœur Alix était une supérieure hors pair. La nouvelle prieure générale, sœur Johanna, rencontre alors de grandes difficultés à faire accepter sa nomination. En novembre 2009, le Vatican nomme un premier commissaire pontifical auprès de l'Institut des sœurs contemplatives de Saint-Jean, Monseigneur  Bonfils, lequel démissionne, ne sachant pas comment résoudre ce conflit. Le 11 mars 2011, la Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée le remplace par Monseigneur  Brincard, évêque du Puy, lequel est nommé assistant religieux pour les frères de Saint-Jean et les sœurs apostoliques de Saint-Jean et commissaire pontifical pour l'Institut des sœurs contemplatives de Saint-Jean.

     

     

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    Benoît XVI renforce encore l’autorité de Monseigneur Brincard auprès des sœurs contemplatives de Saint-Jean en le faisant nommer le 25 février 2012 par décret de son secrétaire d’État, Monseigneur Bertone, comme son « délégué pontifical », c'est-à-dire qu'il est chargé de gouverner l'Institut des sœurs contemplatives en son nom.

    Après une première tentative en 2010 au Mexique, une centaine de novices et de professes simples fondent une nouvelle association publique de fidèles, dénommée « Sœurs de Saint-Jean et Saint-Dominique », le 29 juin 2012 à Cordoue. Des professes perpétuelles, qui voulaient faire de même, mais qui étaient liées par leurs vœux, n’ont pas eu l’autorisation d’aller fonder ailleurs. Le cardinal Bertone dissout cette association « dissidente » par rescrit le 10 janvier 2013. Les recours présentés par des sœurs contre les décisions de Monseigneur Brincard en février 2012 sont également rejetés le même jour pour manque de fondement juridique."

    Source

    Le journal La Croix fait état d'une véritable désertion des effectifs. Vous verrez, sur la toile, des personnes prendre la défense de la fondatrice et d'autres justifier les mesure prises contre elle. Une chose doit être claire : personne ne sait ce qui se passe derrière les murs d'un couvent si ce n'est ceux qui y vivent. Côtoyer une communauté, aller y voir un membre de sa famille n'est pas une raison suffisante pour pouvoir démêler le vrai du faux. Là où une communauté connaît des dysfonctionnements, elle s'arrange très bien pour que ça ne rien laisser paraître et elle sait comment donner le change face aux personnes de l'extérieur.

     

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    Mais les faits énoncés plus hauts parlent d'eux-mêmes. Quand une supérieure est déposée, cela peut arriver, son rôle est de rentrer dans le rang et d'épauler celle qu'on a nommée à sa place, en encourageant celles qui hésiteraient, à obéir à la nouvelle supérieure, même si elle pense que celle-ci n'est pas la bonne personne. Il en est de même pour les maîtresses des novices. On entre dans une famille religieuse pour suivre le Christ, pas un être humain et le supérieur hiérarchique sur terre, de n'importe quel nonne, c'est le pape. Le fait que les candidates aient identifié le charisme de leur institut à une personne, qu'une dissidence ait émergé au point de vouloir contourner artificiellement les décisions romaines signe tout simplement la réalité des dysfonctionnements.

     

    Le journal La Croix nous informe qu'on a élargi la formation en l'ouvrant à d'autres enseignements que celui des fondateurs, quoi d'étonnant à cela ? Il en va ainsi partout ailleurs. Les bénédictins lisent autre chose que la règle de St Benoît, les cisterciens n'avalent pas que du Bernard de Clairvaux et les carmélites ne se limitent pas à Thérèse d'Avila. En quoi cela toucherait-il au charisme de l'institut ?

     


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