• Le film est sorti en 2017 et peut se voir en streaming sur la toile : Novitiate. Il raconte le parcours d'une jeune fille qui rentre dans un monastère de contemplatives y fait son postulat et son noviciat puis voit naître des doutes sur sa vocation.

    Les questions de fond méritaient d'être traitées : les changements qu'ont entraîné le concile Vatican II dans la vie religieuse, le problème des manques affectifs, surtout chez des candidats très jeunes, dans les couvents et les dérapages que cela peut entraîner, les pénitences et les mortifications.

    Malheureusement, la scénariste a enchaîné invraisemblance sur invraisemblance, ce qui donne un joyeux portnawak pour qui connaît le milieu où se passe l'histoire. La liste des erreurs n'est pas très compliquée à dresser.

    On  commence par le début du film où l'on voit des femmes entrer tête nue dans une église, ce qui était impensable à l'époque où l'action est sensée se passer, 1964. Impensable également pour une jeune fille de cette époque de ... laisser pendre ses cheveux. Ben oui, une demoiselle bien éduquée les attachait pour ne pas passer pour une moins que rien.

    La demoiselle rentre au couvent, un couvent de contemplatives. Mais la mère supérieure n'a pas jugé bon d'informer ses ouailles que le concile Vatican II a débuté. Un peu gros à avaler. Quand le concile s'est ouvert, on ne savait pas encore à quoi il allait aboutir. Le pape et les évêques ont demandé explicitement aux religieuses, surtout aux contemplatives, de prier pour le bon déroulement du concile. On voit donc mal pourquoi et comment une supérieure n'en aurait rien dit à ses soeurs.

    Et si l'idée saugrenue lui était venue à l'esprit de le faire, le prêtre chargé de dire la messe et de prêcher n'aurait pas manqué d'y faire allusion dans ses sermons. La seule chose qu'il était permis et même conseillé de lire à l'époque dans les couvents les plus fermés, c'était l'Osservatore romano, le journal du Vatican. Même dans les carmels derrière les voiles et les doubles grilles, on suivait les actes du Concile.

     

    Parlons des costumes qui tiennent à la fois du carnaval et du défilé de mode pieuse. Les postulantes s'en vont, les cheveux lâches, en coiffant juste leur voile pour entrer à l'église. Les novices ne portent pas de guimpe, alors que les professes en ont. Allez savoir pourquoi. La supérieure porte un bandeau et une barbette made in XVIe siècle en plus de sa guimpe. A l'époque les postulantes portent constamment leur petit voile sur des cheveux noués. Les novices ont la même coiffe que les professes, supérieure comprise, seul le voile diffère de celui des professes, par sa couleur, sa coupe ou la matière dans lequel il est fait.

     

    On voit les candidates ôter leur chemisette pour mettre leur robe comme si on l'a portait sur la peau nue, ce qui est loin d'être le cas dans la vraie vie où on n'aimait accumuler les couches de vêtements. Ces chemisettes n'ont pas de manches, impensables pour des religieuses. Une religieuse ôte sa coiffe en cellule, on voit des cheveux mi-longs alors qu'ils devraient être coupés courts ou du moins bien noués. Quand on voit les soeurs de communauté défiler, on aperçoit leurs cheveux qui sortent de leur guimpe. Ce qui est considéré comme un manque de tenue à l'époque.

     

    Question manque de tenue, on verra les postulantes s'asseoir à même le sol dans les couloir ou négligemment sur un muret, comme des ados contemporaines. Tout simplement impensable dans un couvent dans les années soixante.

     

    La maîtresse des postulantes est une jeune professe. Normalement ce rôle est attribué à une religieuse expérimentée. On annonce aux postulantes qu'elles feront un noviciat de dix-huit mois avec des premiers voeux. Le noviciat dure un an ou deux, il débute par la prise d'habit et  non par des voeux. Les voeux se font à la première profession, après le noviciat pour une période de trois ans (ou trois fois un an) au minimum.

     

    A aucun moment on ne voit les religieuses réciter l'office divin, la liturgie des heures. On ne parle que de messe comme si c'était le seul moment où les soeurs vont à l'église !   La supérieure annonce que le prêtre dit la messe dos au peuple et en latin, comme si c'était une nouveauté, alors qu'à l'époque cela se faisait partout comme ça.

     

    Une des postulantes raconte que c'est le film "Au risque de se perdre" qui l'a motivée à entrer au couvent, Audrey Hepburn y incarnant "une sainte". Or ce film raconte l'histoire d'une religieuse qui n'arrive pas à se plier aux usages des couvents et finit par s'en aller, on voit mal comment l'argumentation de la postulante tient debout.   

     

    Erreur récurrente dans ce genre de film : le nombre de postulantes et de novices, comme s'il en pleuvait. Dans un monastère autonome, le noviciat représente rarement plus d'un tiers des effectifs. 

     

    Passons à la personnalité de la supérieure. Soyons clair : si jamais une supérieure se comporte comme ce personnage, c'est qu'elle est  déséquilibrée. Les soeurs de communauté seraient en droit, ou plutôt en devoir de prévenir l'évêché pour qu'elle soit démise de ses fonctions.

     

    Au début du film, la supérieure accueille les candidates avec un petit discours, puis termine en demandant s'il y a des questions. Une des jeunes filles lève la main. Ma soeur, les postulantes n'ont pas de question, déclare la supérieure, prenez vos affaires et rentrez chez vous. Quelle supérieure irait tendre un piège de ce type à une candidate ?

    Dans une autre séquence, la supérieure réprimande une postulante qui l'a saluée à haute voix pendant le grand silence. Elle tonne, vocifère, alors qu'elle ne se tient pas à elle-même à grand silence comme le lui fait  remarquer l'infortunée candidate. Puis elle oblige la jeune fille à marcher à quatre pattes en priant  des Je vous salue Marie et continue à la réprimander parce que la pauvre prie à haute voix.  La séquence d'après, on apprend que la postulante a été renvoyée  parce qu'elle ne savait pas se taire.

    A moins d'être folle, aucune supérieure ne se comporte comme ça. Un geste de la main pour faire taire la distraite, une remarque quand le grand silence a cessé suffisait. Surtout qu'il s'agit d'une postulante, c'est à dire d'une candidate en phase d'acclimatation. Marcher à quatre pattes, en plein air, est une pénitence indiscrète et d'un autre âge, même dans les années soixante. Encore une fois, on ne devait pas l'imposer à une postulante envers qui on doit être plus indulgente.

     

    On voit la maîtresse des postulantes faire répéter indéfiniment, dans quel but ? on l’ignore, la même phrase recto tono à ses dirigées. Au même moment, trois religieuses débarquent au choeur et intiment à deux postulantes de les suivre. Elles sont renvoyée illico parce qu'elles auraient eu une amitié particulière, elles se seraient trop recherchées mutuellement.

     

    Il est plausible qu'on renvoie des candidates pour ce genre de motifs, mais dans ce cas, on les convoque à un moment opportun, on ne va pas les faire chercher en pleine répétition devant toutes les autres, comme on arrête un délinquant.

     

    Suite à ces incidents, la maîtresse des postulantes décide de quitter le couvent. Elle l'annonce à ses dirigées mais assure qu'elle restera membre de l'Eglise catholique. Dans les faits, pour quitter le couvent, à cette époque, elle aurait besoin d'un indult de sécularisation ou du moins d'exclaustration. Partir sans cela, c'était se mettre en faute. Une telle démarche prend du temps. De plus, dans les années soixante, quand on part, c'est par la petite porte, sans faire de bruit.

     

     

    Pour la prise d'habit, on entend le requiem de Faure et on a droit au fameux épisode du catafalque qui recouvre les novices. Le requiem se joue aux enterrements, pas aux prises d'habit, le catafalque, là où il était utilisé était réservé aux professions perpétuelles.  La prise d'habit ressemblait à un mariage et la profession à une mort au monde.     

     

    Le soir de la vêture, les novices vont au font du jardin, en robe de mariée et tête nue sautiller autour d'un feu et chanter qu'elles ont épousé Dieu. Quand on prend l'habit, on le garde, on ne s'habille plus ensuite en mariée. Le soir, c'est le fameux grand silence que la supérieure tient à faire respecter.

     

    D'ailleurs plus de maîtresse des novices ! La maîtresse des postulantes étant partie, c'est comme si ce poste était déserté. Mais il y avait des novices au début du film, qui s'occupait d'elles ? La supérieure va reprendre cette charge, semble-t-il. Elle instaure un chapitre des coulpes ahurissant.

     

    Un vrai chapitre des coulpes se tient assis dans des rangées de stalles face à face, au chapitre, ou debout en demi-cercle, mais pas à genoux. La maîtresse des novices doit préparer les candidates à cet exercice, leur expliquer le déroulement des coulpes, leur donner le temps d'examiner leur conscience.

     

    Le chapitre des coulpes est le moment où l'on s'accuse de manquements extérieurs, de manquements aux règles. ce n'est pas une confession publique. Les soeurs viennent à tour de rôle s'agenouiller au centre pour s'accuser de ces manquements et elles reçoivent une pénitence. Ces pénitences sont proportionnées à leur avancement en religion, au fait que la coulpe soit légère ou grave, occasionnelle ou récurrente.

    On est loin du cirque que dépeint le film  où les pauvres filles se retrouvent à genoux sans trop savoir ce qui leur arrive, se déplacent à genoux, sont pressées d'accuser leurs mouvements intimes de leur vie spirituelle et se  livrent à des règlements de compte. Si on a donner la discipline en pénitence jusqu'au XVIIIe siècle, c'était pour des fautes extrêmement graves et l'usage s'est perdu au siècle suivant. 

     

    La discipline est un usage institutionnel dans les monastères de l'époque. Les soeurs la prennent à certains jours fixes, pendant un temps déterminé, le temps de tel ou tel psaume. Les novices sont progressivement initiées à ces pratiques de pénitence. Aux antipodes de ce que dépeint le film.

     

    Quand une soeur veut faire pénitence en prenant la discipline, elle ne ne le fait pas pour telle ou telle faute précise commise mais parce qu'elle fait pénitence pour tous les pécheurs qui ne le font pas. Elle n'a pas à se justifier, juste à demander la permission. Toutes les soeurs ont leur discipline propre. On ne va pas demander l'unique discipline du monastère à la supérieure.

     

    Passons aux changements que le concile a entraîner dans la vie religieuse. Il y a encore de nos jours des monastères où le concile n'a eu qu'un seul impact : l'heure à laquelle on dit tel ou tel office. Le concile ne demandait qu'une chose aux religieux : adapter leur habit religieux, si besoin en était, rien d'autre.  La vérité des heures canoniales a été  imposée à toute l'Eglise. Le fait de pouvoir les dire dans la langue vernaculaire était une possibilité pas une obligation. Le scénariste n'a pas lu Perfectae Caritatis de toute évidence.

     

    Donc un archevêque qui fait des suggestions qui sont des obligations à une supérieure dans le déni pour adopter les mesures du concile, c'est de la science-fiction. Là où les monastères ou les congrégations ont opéré des changements, cela a été le fait de la communauté qui a révisé certains usages, les a adaptés aux circonstances de lieu et d'époque.  Le discours que tient la supérieure à ses subordonnées annonçant que les soeurs ont le droit de ne plus porter d'habit si elles le désirent est du grand n'importe quoi. Ces décisions se prennent collectivement pas individuellement.

     

    Revenons à notre jeune héroïne en proie à ses hormones. Si elle veut se donner la discipline c'est parce qu'elle sent des désirs bien charnels se manifester, mais on ne la voit en parler à personne, surtout pas à la supérieure, mais pas non plus au confesseur, le grand absent de ce film. Elle se met à jeûner sans que personne n'y voit à redire.

     

    La hantise de l'anorexie est un fait bien établi dans les couvents. Un bon appétit est gage de vocation, personne, surtout pas une novice ne peut se mettre à jeûner sans permission. Laisser une candidate s'affamer, ça relève aussi de la science-fiction, ou de la dérive sectaire. La mère de l'héroïne qui a d'abord vu sa fille au parloir, avec grille, au début du film est reçue ensuite, Dieu sait pourquoi, dans un salon. Elle s'insurge quand elle voit sa fille dépérir.

     

    Au fait, cette fille est mineure et n'est là qu'avec la permission parentale. Pourquoi sa mère ne la reprend-elle pas chez elle, surtout qu'elle est agnostique ? Une autre fantaisie du scénario. La mère supérieure reçoit  la mère inquiète dans son bureau alors qu'elle devrait la voir au parloir pour les mêmes raisons de fantaisie scénaristique. Et toujours à moins d'être folles, les religieuses n'exigent pas de leur interlocuteur de leur donner les titres qu'elles portent en religion. Il n'y a rien d'impoli d'appeler "madame", une religieuse.

     

    On continue avec le summum de l'aberration quand la candidate avoue publiquement avoir eu une relation saphique avec une autre novice. Un tel aveu devrait entraîner le renvoi immédiat de la novice qui n'est tenu par aucun voeu. Ce genre d'aveu n'a d'ailleurs pas sa place au chapitre des coulpes mais dans le confessionnal et dans le bureau de la supérieure. Au lieu de cela, on verra la jeune fille admise à la profession mais qui au lieu de faire de ses vœux annonce qu'elle cherche "autre chose". Pourquoi se rendre alors à la cérémonie ?

     

    Le film s'achève avec le générique où l'on dit que le Concile a entraîné le départ de beaucoup de religieux, ce qui est vrai. Mais quel rapport avec le film ? Novitiate est à la vie religieuse ce que Les bidasses en folie sont à l'armée.   

     

    Ce qui est irritant, ce n'est pas que le film parle d'homosexualité ou de pénitences idiotes.  Ce qui est irritant c'est qu'il  traite d'un sujet qu'il ne maîtrise pas faute de documentation appropriée alors que de vrais dérapages et dérives sectaires ont lieu actuellement dans certaines congrégations et dans certains couvents sans que personne ne pense à en faire un film.                    


    votre commentaire
  • Miserere d'Allegri par The Choir of Claire College, Cambridge, Timothy Brown

     

     

     

     


     

     

     

     

    L'antienne grégorienne Christus factus est

     


     

    When I survey

     



    votre commentaire
  • Épisodes précédents : Sr Fausta, soeur orésienne depuis plus de vingt ans, a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres et s'est fait renvoyer d'un autre en Terre Sainte. Elle échoue dans une communauté près de sa fin, joue de son charme et en devient  la supérieure. Elle accueille ses premières novices et impose au couvent un mode de vie déséquilibré. Quand des novices et une sœur conventuelle quittent le monastère, les premières plaintes parviennent aux oreilles des responsables ecclésiastiques.Pourtant le monastère continue à accueillir des candidates qui se trouvent confrontées au caractère manipulateur de leur supérieure et maîtresse des novices. Âpre au gain, elle se lance dans des projets grandioses d'agrandissement et embellissements des bâtiments. Elle développe une liturgie splendide mais trop lourde pour le mode de vie du couvent. Par ailleurs, elle néglige la santé de ses sœurs , se montre  jalouse de ses jeunes candidates et développe une curiosité malsaine dans leur façon de vivre la chasteté. Les personnes qui se présentent au noviciat sont accueillies avec complaisance et sans trop de discernement quant à leurs aptitudes et leurs motivations. C'est qu'à l'intérieur du couvent, il n'y a qu'une loi, la sienne et elle varie selon ses sautes d'humeur.

     

    Conservatisme ou ouverture ?

     

    À l'époque où Mère Fausta réside au monastère de St Hilaire, l'ordre est traversé par une crise. En effet, suite au concile Vatican II, les constitutions des orésiennes ont été mises à jour. Un groupe de religieuses polonaises les trouvent trop laxistes et se réclament de la sévérité de leur fondatrice, sainte Bertrade. Sous l'égide de Mère Leokadia, supérieure du couvent de sainte  Stanislawa, elles rédigent un directoire à adjoindre au texte approuvé par le saint siège. Ces orésiennes rencontrent un vif succès en Europe centrale et des contrées conservatrices.  On appelle familièrement ce mouvement "les  Stanislawa". Leur but est de faire approuver le directoire et de le rendre contraignant. La majorité des soeurs orésiennes le rejettent, le trouvant obsolètes et peu adapté au temps actuels. 

     

    Enfin de compte, on laisse le choix aux différents couvents orésiens. La plupart ne veulent rien adjoindre aux constitutions, une minorité opte pour le directoire de Stanislawa et forme une nouvelle congrégation au sein de l'ordre. Mère Fausta a une position claire depuis le départ. Elle se démarque ouvertement du conservatisme, des us et coutumes auxquelles elle a été contraintes durant sa formation, les génuflexions, les courbettes, les grilles garnies de piques, les tours, ces armoires cylindriques pivotant sur un axe qui servaient à faire passer des objets de l'autre côté de la clôture. Elle s'en moque et s'en rit. Ce n'est pas pour notre temps, affirme-t-elle. Son couvent ne rejoindra pas les Stanislawa.

     

    Barbie chante l'office.jpg

    Ce conservatisme, Mère Fausta le décrie également quand un groupe de prêtres s'installe dans la région, arborant des soutanes et des usages disparus depuis une vingtaine d'années. Mère Fausta s'en rit et plaint les curés des environs. Pourquoi rendre la religion rébarbative en prenant des airs compassés et en déterrant des rites surannés. Cela ne peut qu'éloigner les gens de la pratique, cela ne va pas remplir les églises, assure-t-elle.

     

    Elle invite les membres du conseil de l'association orésienne de la province à tenir l'une de leur réunion à St Hilaire. Mère Euphrasie, supérieure de Sainte-Gudule s'étonne de ne pas voir de grilles au chœur, pas même une barrière. Elle ne manque pas de rapporter l'incident en communauté pour s'en moquer. Quand paraît un nouveau document sur la clôture qui demande une séparation matérielle entre le chœur des sœurs et le reste de la chapelle, elle fait mettre une barrière ... entre les fidèles et le sanctuaire (l'endroit où se tient le prêtre pour dire la messe). Pas question de revenir au temps où l'on assistait à l'eucharistie à travers une grille et un voile.

     

    Cependant tel  Janus, Mère Fausta affiche un double visage. Lentement mais sûrement, elle rétablit certaines cérémonies vieillottes, qui avaient été supprimées une quinzaine d'années auparavant. Ainsi, les sœurs devront s'agenouiller avant l'office et baiser la terre au signal donné, avant de se relever pour prier la liturgie des heures. Elle impose aux novices de rester le premier quart d'heure à genoux, sans pouvoir s'asseoir sur les talons lors de la méditation. On voit les colonnes vertébrales se tordre durant cet exercice d'un autre âge et la plupart des jeunes nonnes sont davantage distraites par cette position inconfortables qu'appliquées à la méditation.

     

    Aux mêmes novices, elle loue discrètement les anciennes pratiques d'ascèse comme le port d'instrument  de pénitence : croix à pointes et même chaîne de fer. Elle vante si habilement les vertus de la discipline qu'on ne se donne plus à St Hilaire depuis belle lurette, que les jeunes nonnes se pensent obligées de lui en réclamer une pour se l'administrer.

     

     

    discipline dessin d'après photo.jpg

     

     

    Durant un carême, elle persuade les nonnes de reprendre les pénitences au réfectoire. Les plus âgées qui n'ont plus la souplesse nécessaire à la gymnastique se contenteront de porter, tour à tour, symboliquement une croix grandeur nature en bois léger. Les plus jeunes baiseront les pieds de toutes les sœurs. Fort heureusement, elle ne réitérera pas l'expérience l'année suivante, sans doute consciente que les nouvelles recrues, d'un âge plus mûr serait rebutées par ce genre de pratiques.

     

    Par contre, elle remet en usage, à la même période liturgique, l'usage du chemin de croix. A chaque novice de proposer tour à tour, au noviciat, une méditation pour chaque station. Celle-ci sera pompée de l'un ou l'autre livre de piété obsolète. Quand sœur Martine propose de simples phrases de l'évangile ou de la bible, elle se fait fusiller du regard.

     

    Crucifix ldd.jpg

    D'ailleurs, se montrer trop appliquée à nourrir sa foi de livres solides est considéré comme de la présomption et de l’orgueil. Elle interdit à une novice de lire les pères de l’Église. Qu'elle attende donc d'être capitulante, qu'elle se contente de livres qui s'étalent dans une piété mièvre et sentimentale. Ce genre de bouquins, achetés régulièrement en grand nombre, remplissent la bibliothèque qu'on a bien eu soin d'agrandir. Les ouvrages traitant de révélations privées, dans la vague charismatique s'accumulent d'ailleurs sur les rayonnages.

     

    Les apparitions de la vierge dans le village yougoslave sont tenues pour argent comptant. C'est sur cette base que Mère Fausta "propose" un jour de jeûne par semaine à toute la communauté, où l'on ne prendra que de la soupe et du pain sec. Seule sœur Jacinthe se rebiffe et réclame son assiette. Mais comme elle est âgée, Mère Fausta la fait passer pour à moitié sénile et lui accorde un repas normal. Quand la conférence des évêques décrétera que rien ne permet de tenir pour surnaturel ce qui se passe dans ce coin de Bosnie-Herzégovine, Mère Fausta dira à la communauté qu'ils ont reconnu les apparitions.

     

    évêque coloriage.jpg

    Quoiqu'il en soit, Mère Fausta se pense investie de la mission de relever l'esprit de l'ordre à saint Hilaire et elle ose dire des autres couvents de la province qu'ils n'ont pas compris quel était son charisme. Elle est convaincue d'incarner ce charisme et de savoir comment mener sa barque pour faire de son couvent un vrai monastère de St Orès.

     

     Crédits photos : photos personnelles, discipline : dessin d'après capture d'écran.


    votre commentaire
  • Le véritable nom de l'ordre est : "Ordre de l'Annonciation de la Vierge Marie" en latin Ordo de Annuntiatione Beatæ Mariæ Virginis que l'on abrévie O. Ann.M. Il fut fondé en France par une princesse, dont la vie ne correspond en rien de ce quoi rêve les petites filles en entendant ce mot magique.

     

    Je dois sourire chaque fois que je vois dans un film historique Jeanne de Valois à la cour de son père, rabrouée par ce dernier. Jeanne a très peu côtoyé son père dans sa vie. Elle ne vivait pas à la cour du vivant de celui-ci. A sa naissance, elle est déjà fiancée pour des raisons politiques comme simple pion sur l'échiquier royal. Jeanne est chétive et petite ; elle souffre d'une déviation de la colonne vertébrale et de claudication. Mais on dit qu'elle a un très joli visage. Elle reste auprès de sa mère jusqu'à l'âge de cinq ans puis son père la confie à un cousin et à sa femme. Ce couple sans enfant prend soin d'elle et ne néglige en rien son éducation. Ils lui inculquent également la piété. Jeanne développe une grande dévotion mariale.

     

    Annunciation_Melozzo_da_Forli_Pantheon.jpg

     

    Elle épouse, à l'âge de douze ans, son propre cousin, Louis d'Orléans. Le roi Louis XI n'assiste pas au mariage. Si Jeanne se soumet de bon cœur à la volonté paternelle, le jeune époux ne s'y plie que sous la menace. Rien ne l'attire chez sa femme. Une fois le mariage conclut, chacun retourne à ses occupations, Louis d'Orléans à sa vie de plaisir et Jeanne à sa vie de prière.  Le roi doit rappeler à l'ordre son gendre pour qu'il rende de temps à autre visite à son épouse. Les choses ne vont pas en s'améliorant à la mort de Louis XI puisque le mari de Jeanne refuse de subvenir à sa subsistance et laisse ce soin à sa soeur, Anne, la régente.

     

    Après la mort de Charles VIII, le frère de sa femme, Louis monte sur le trône de France sous le nom de Louis XII. Il s'empresse de faire déclarer nul son mariage avec Jeanne pour défaut de consentement. Cette épisode est très pénible pour la jeune femme qui se voit publiquement décriée lors du procès. Louis XII aura plus d'égard pour sa cousine qu'il n'en a eu pour son épouse. Une fois le mariage déclaré nul, il la fait Duchesse de Berry et lui octroie une rente.

    Jeanne, s'étant retirée à Bourges, poursuit ses œuvres de piété et de charité ; elle y fonde l'ordre de l'Annonciade, l'ancien nom de l'Annonciation. Son confesseur, un franciscain nommé Gabriel Maria la seconde dans cette tâche. Il rassemble quelques jeunes filles, leur enseigne les rudiments de la vie religieuse et rédige la règle selon les indications de Jeanne.

     

    St._Jeanne_de_Valois.jpg

    La spiritualité de l'ordre est de vivre comme Marie pour plaire à Dieu. Il met en avant les vertus mariales. Bien qu'à l'époque, la papauté refuse la fondation de nouveaux ordres religieux, le Père Gabriel Maria parvient à faire approuver cette nouvelle règle en 1502. L'année suivante ont lieu les premières vêtures, puis les premières professions.

     

    L'habit des annonciades est gris, symbole de pénitence, avec un scapulaire rouge, symbole du sang du Christ. Elles portent, en guise de ceinture, au dessus du scapulaire, une corde à dix nœuds en l'honneur des dix vertus de la vierge recensées par le père Gabriel-Maria : pureté, prudence, humilité, foi, louange, obéissance, pauvreté, patience, pauvreté, charité et compassion. Elles mettent un manteau de chœur blanc, pour l'eucharistie, les Laudes et les Vêptres, qu'elles reçoivent à la profession temporaire. Les professes perpétuelles portent une médaille représentant d'un côté la vierge à l'enfant et de l'autre Jeanne avec l'enfant Jésus.

     

    L'ordre fut très florissant en France avant la révolution. Aujourd'hui, il y compte encore quatre monastères et y accueillent des vocations. Il y a un monastère belge en pays flamand, qui résulte de la fusion de trois monastères encore existant en 1965. La moyenne d'âge y est élevée mais les nonnes y sont affables et pleine d'entrain.  C'est le seul monastère où l'habit a été modernisé. L'ordre a également une fondation au Costa Rica et une autre en Pologne.

     

    On peut trouver sur le site de l'ordre cette vidéo d'une profession perpétuelle

     


    Crédits photos : libre de droits.


    votre commentaire
  • Je vais reprendre les informations d'un billet écrit il y a quelques temps et les publier à nouveau, ici, car on ne les trouve pas sur la toile en français, seulement en italien ou en espagnol.

     

    J'avais gardé un vague souvenir d'une lettre écrite par une novice, au début des années nonante (quatre-vingt-dix) violée lors de la guerre de Yougoslavie, une lettre très belle et émouvante. Elle circule encore dans différents médias et il ne vous sera pas difficile d'en retrouver le texte en ligne. L'ennui, c'est que, faute d'en savoir davantage, ceux qui la publient n'en indiquent pas le véritable auteur.

     

    La lettre commence par ces mots :

    "Je m'appelle Lucia Vetruse, je suis une des novices violées par les milices serbes. Je veux vous raconter ce qui m'est arrivé ainsi qu'aux sœurs Tatiana et Sandria. permettez-moi de ne pas vous donner de détails. Permettez-moi de ne pas vous donner de détails. Ce fut une expérience atroce qui ne peut être partagée qu'avec Dieu, à la volonté de qui je me suis livrée quand je me suis consacrée à lui par les trois vœux."

     

    Cette lettre fut publiée, dans certains quotidiens et, notamment, dans le journal La Croix. Quelques temps plus tard, parut un démenti : la lettre était un faux, écrite par un prêtre (de Bosnie a-t-on écrit) qui voulait sensibiliser l'opinion au sort des femmes de sa région.

    Le temps passant, ma mémoire avait du mal à retrouver certains détails qui m'aurait permis de retrouver la trace de cette histoire sur la toile. Je pensais qu'il s'agissait d'une novice croate alors qu'elle était bosniaque. Mais aujourd'hui, en introduisant d'autres termes dans un moteur de recherche, j'ai découvert, enfin, le fin mot de l'histoire.

     

    Il était une fois un prêtre, non pas bosniaque mais italien, qui avait écrit une lettre où il mettait en scène une novice bosniaque violée. La jeune nonne avait fait le choix de casser l'enchainement de la haine, d'élever l'enfant dont elle serait peut-être enceinte, en lui apprenant à aimer. Ce prêtre s'appelait monsignor Alfredo Contran et il signa la lettre de son nom d'auteur, puisqu'il s'agissait bien d'une composition littéraire.  Ce texte lui valu d'ailleurs un prix.

     

    soeur lucia vetruse,démenti,fake,faux,novice violée

    On ne sait trop comment, quelques distraits bien intentionnés oublièrent de lire le nom de l'auteur ou de le mentionner et publièrent la lettre comme s'il s'agissait d'une authentique missive, comme si cette novice avait bel et bien existé. Aussi certains se mirent même en tête de faire venir l'infortunée à Rome afin qu'elle y rencontrât le pape ! Le prêtre écrivain-journaliste ne manqua pas de relever l'erreur, mais entre temps, la lettre avait été reprise, publiée, traduite et diffusée un peu partout dans le monde. Cet "un peu partout dans le monde" ne fut pas toujours mis au courant du démenti.

    Malheureusement ce fin mot de l’histoire , je ne l'ai pas trouvé en français. Il y a bien des extraits d'un livre numérisé par Google, Poker menteur, de Michel Collon, qui cite deux passages de La libre Belgique, mais sans creuser davantage.

     

     

    Vous verrez ici la lettre publiée en espagnol avec son véritable nom d'auteur. Dans les archives du Corriere della sera (3 avril 94)(Suora bosniaca diventa madre? No, è una bufala), on lira l'interview de l'auteur de la lettre. Je suis bien incapable de vous la traduire en français, mais il y a des traducteurs automatiques en ligne qui pourront vous aider à la comprendre. Monsignor Alfredo Contran est décédé en 2007, son œuvre lui a survécu. Sur ce, concluons par l'adage italien : se non è vero è bene trovato.


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique