• Cela en fait des remous en peu de temps . Dommage qu'il ait fallu toutes ces années avant que l'on commence à réagir !

     

    C'est la réaction d'une ancienne carmélite de Matagne-la-petite à qui je venais de faire parvenir plusieurs coupures de presse. Parmi celles-ci, il y avait un article d'un quotidien belge. Même si ce journal n'est pas de la meilleure presse, il a tout de même le mérite de relater les faits.

     

    Je commencerai par commenter la réaction de l'évêque de Bayonne et reprendre la réponse faite à un commentaire au sujet du billet précédent.

    C'est vrai, les journalistes résument et parfois déforment faute d'avoir suivi l'affaire depuis le début. Il leur faut condenser un maximum d'informations dans un article qui ne peut faire qu'un nombre limité de lignes et ils dépendent des plusieurs sources.


    Je voudrais attirer votre attention sur le fait que l'évêque se garde bien d'évoquer la situation de la supérieure de Simacourbe avant d'arriver à Montgardin.

    Parce que tout le noeud de l'affaire est là : Pourquoi trois carmélites belges se sont-elles retrouvées dans le sud de la France et qu'est-ce qui les a poussé à demander d'être relevées de leurs voeux ?

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    Je vous livre ce que je tiens de témoins directs de ce qui s'est passé en Belgique.
    En 1993 le vicaire épiscopal chargé des affaires canoniques au diocèse de Namur a constaté que la prieure de Matagne-la-petite s'accrochait au pouvoir.

    Un article paru dans Sudpresse revient sur ce point. Si ce journal prête souvent le flanc à la critique, du moins, le journaliste a pris la peine d'interroger le vicaire épiscopal. Je relaterai ses paroles plus avant.


    Alors qu'elle n'était pas rééligible, elle a poussé les soeurs a voté pour elle. Pour cela, elle avait besoin d'une dérogation venant de Rome, ce qu'on appelle une postulation. Lors de sa précédente élection qui avait nécessité une telle dérogation, Rome lui avait signifié que ce serait la dernière fois qu'il lui accorderait.

    Le résultat des élections de 1993 a été refusé par Rome qui a nommé une autre soeur au mandat de supérieure.
    Parallèlement, le vicaire épiscopal a recueilli des témoignages de personnes ayant séjourné dans ce couvent et qui relataient ce que vous avez pu lire dans la presse française : emprise mentale, personnes subjuguées, horaires déséquilibrés, surcroît anormal de travail.

    Après quelques mois, la prieure nommée par Rome, qui avait accepté à regret ce poste, a remis sa démission. La nouvelle et l'ancienne prieures ont alors demandé aux pères carmes d'effectuer une visite du couvent. L'évêque de lieu a adressé la même demande à Rome.

    Ces deux demandes conjointes ont abouti à une visite apostolique au cours du printemps 1994.

    Une visite apostolique n'a rien d'anodin, c'est une contrôle qui ne s'exerce plus par le supérieur direct du carmel (dans ce cas, l'ordinaire du lieu, l'évêque) mais directement par Rome.
    Cette visite a eu pour conséquence qu'au mois de septembre 1994 l'actuelle prieure de Simacourbe est priée de se retirer dans la communauté de son choix.

    On retrouve l'actuelle prieure du carmel de Simacourbe quelques mois plus tard non pas dans un autre carmel, ce qui lui avait été demandé, mais dans la nature, où elle reçoit l'appui de certains religieux et de Mgr Lagrange.
    Qui plus est, elle n'est pas seule, mais elle a entraîné deux autres soeurs avec elle, deux soeurs à qui Rome n'a pas demandé de partir, deux soeurs qui auraient dû rester dans leur couvent.

    Personne n'empêchait l'actuelle prieure de Simacourbe de se retirer dans un carmel dit des constitutions A (une branche minoritaire et conservatrice). Elle n'avait pas besoin de se faire relever de ses voeux pour passer d'un carmel des constitutions B (branche majoritaire) à un carmel des constitutions A.
    Rome ne demandait pas aux deux autres de partir avec elle.

    Je vous laisse le soin de lire entre les lignes.

    Mais je me permets de vous rappeler qu'en novembre 2001, le journal Le Dauphiné Libéré a relaté la mésaventure d'une jeune fille qui est sortie de la communauté de Montgardin qui se prétendait un carmel mais n'en était pas un, dans un état de délabrement psychologique avancé. (Dauphiné Libéré le 25 novembre 2001, signé par Emily Imbert. Vous pouvez vous procurer cet article pour une modique somme aux archives du journal)

     

     

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    Le quotidien belge s'est penché sur les antécédents belges de la supérieure mise en cause. Que lit-on danse l'article du 24 octobre paru dans Sudpresse, signé Pierre Nizet ?

    Cette soeur n'avait plus le droit d'exercer son mandat [de prieure] à la tête du carmel de Matagne-la-petite.

    Comme je l'ai écrit plus haut, les journalistes condensent souvent et déforment parfois. Si cette phrase est noyée et mal à sa place dans l'article, elle vient tout de même d'un des acteurs principaux de l'époque, à savoir le chanoine Jean-Marie Huet, ce chanoine qui, au diocèse de Namur avait levé le lièvre.

    "Des loups dans la bergerie, il peut y en avoir partout", dit le chanoine Huet ."J'avais vite perçu le malaise. On lui reprochait  déjà à l'époque, un manque de liberté à l'égard des religieuses un travail excessif et des conditions de vie spartiates pour les sœurs plus âgées."

    Et de commenter :

    "A l'époque, Mgr Léonard avait très vite réagi. Ce qu'on reprochait à la sœur semble continuer. Je suis surtout triste pour les religieuses qui souffrent ou ont souffert."

    Deux anecdotes très révélatrices de la personnalité de la personne mise en cause sont relevées. Je vous les cite car elles ont été attestées par des témoins directs.

    [Soeur J, l'ancienne prieure] avait fait une crise d'hystérie dans son bureau [de l'évêque] et avait poussé des cris suraigus à tel point que les chanoines sont sortis de leur bureau pour voir ce qui se passait.  

    Elle avait accusé André Léonard qu'elle adulait peu avant, d'être contre elle. Elle avait mis au tiroir le portrait de lui qu'elle avait accroché au mur.

    D'après les anciennes de Matagne, ce portrait trônait dans le bureau prioral, c'est la dernière prieure de Matagne qui l'a trouvé dans ce fameux tiroir. Le portrait mis au rebut avait été remplacé par celui du père général des carmes déchaux, censé "la protéger contre l'évêque". Les termes "être contre elle" est une expression ipsa verba, attestée par les mêmes témoins.

     

    Maintenant penchons-nous sur ce qui est inexact dans l'article.

    "On lui reprochait de rendre folles les soeurs" et plus loin "Plusieurs soeurs belges sous l'emprise de soeur Joanna étaient passées par la case hôpital psychiatrique dans les années 90"

    Non, personne n'a sombré dans la folie et aucune sœur n'a dû séjourner dans un établissement psychiatrique. Par contre les jeunes soeurs ont craqué nerveusement, les unes après les autres. L'une d'elle a dû suivre une thérapie pendant un an et demi. Elles ont toutes eu besoin de prendre du recul et du repos. Certaines des sœurs âgées avaient une médication très lourde. Une fois qu'elles ont rejoint les communautés où elles ont achevé leur vie religieuse, les médecins de ces carmels ont allégé cette médication où les psychotropes avaient pris une part trop importante.

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    chancellerie romaine

     

    Autre erreur récurrente qu'on relève sur différentes plateformes c'est le fameux "Le carmel de Matagne-la-petite avait été fermé pour des raisons de non-obéissance à l'autorité". Cette phrase est reprise de quotidien en quotidien alors qu'elle totalement fausse. D’ailleurs Pierre Nizet se contredit quand il poursuit "Plus personne, parmi les sœurs restantes, n'était en mesure de continuer." Voilà qui est conforme à la réalité.

    Seules trois sœurs avaient embrassé une attitude de désobéissance à l'autorité non pas épiscopale mais romaine. Les journalistes attribuent un peu trop vite tous les pouvoirs à l'évêque du lieu, à savoir André Léonard. Une fois que celui-ci a demandé une visite apostolique, il s'en est remis à l'autorité supérieure, c'est à dire le saint-siège, le pape à travers ceux qu'il a délégué, la congrégation romaine pour les religieux.

    La principale intéressée était toujours dans la nature au lieu de d'avoir rejoint la communauté de son choix plusieurs mois après la conclusion de la visite. Et les deux sœurs qui l'avaient suivie avaient quitté la clôture monastique sans aucune permission.

    Le reste de la communauté a bel et bien obéi à l'autorité ecclésiastique. Les sœurs ont accueilli la prieure que Rome avait nommée et lui ont accordé leur confiance alors qu'elles étaient sous le choc, à cause du départ des trois autres sœurs. Ces sœurs ont essayé de reprendre une authentique vie carmélitaine avec l'aide de la nouvelle supérieure dont je n'ai recueilli que des louanges. Mais elles ont été rattrapées très rapidement par la réalité : les forces vives étaient épuisées. C'est le chapitre du monastère qui a demandé à l'évêché de pouvoir dissoudre la communauté. Les sœurs ont rejoint ensuite d'autres communautés pour poursuivre leur vocation.

     

    Permettez-moi ce coup d'humeur : Claire Lesegretain commet une grave erreur quand elle écrit dans un article du 19 juillet 2014 publié par le journal La Croix que le carmel de Simacourbe se trouvait avant à Montgardin et encore avant à Matagne-la-petite. Madame, vérifiez vos sources ! C'est très irrespectueux pour les soeurs de Matagne-la-petite qui sont restées fidèles à leurs voeux, ont persévéré dans l'obéissance et ont achevé leur vie religieuse dans un carmel authentique. La communauté sise à Montgardin n'était pas un carmel. Ce couvent a été désavoué par Jean-Michel Di Falco et la communauté de Matagne-la-petite a été dissoute à sa demande.

     

     

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    Un autre article est paru dans le magasine Causette (no72) début novembre, signé Antton Rouget. Le journaliste s'est très bien documenté. Il a rencontré les famille des soeurs, inquiète pour leur parente. Il décrit l'état lamentable dans lequel se trouve certaines religieuses de Simacourbe. Leur personnalité a complètement changé. Elles sont devenues mièvres, éteintes, dépressives. Certaines tiennent des propos qu'on croirait sortis tout droit du XIXe siècle. Le journaliste évoque leur entrée précipitée dans ce carmel qui n'en était pas encore un, l’absence de période de discernement et les industries troubles d'un prêtre recruteur.

     

    Après avoir retracé le parcours chaotique de la prieure mise en cause, il pointe la coupure avec l'extérieur, l'isolement dans lequel sont plongées les sœurs, les soupçons de négligence en ce qui concerne la santé des religieuses et l'opacité des comptes. En effet, les allures que prennent les bâtiments, soulèvent pas mal de questions : d'où viennent les fonds ? La prieure interrogée évoque de généreux donateurs.

     

    Je suppose que certains se poseront la question de savoir si la coupure avec l'extérieure n'est pas inhérente à l'ordre du carmel. La vie cloîtrée va de pair avec un certain retrait du monde. C'est bien que prêchera la prieure. Mais la clôture monastique n'implique pas un isolement tel qu'il fragilise ou infantilise. D'autres articles révèlent que la prieure a la fâcheuse manie de semer la suspicion dans l'esprit de ses subordonnées ce qui les empêche de se confier alors qu'elles en auraient besoin.

     

    Ce billet est également posté sur le blog jumeau. Eklablog a l'avantage de ne pas fermer les commentaires après un laps de temps ce qui n'est pas le cas de Skynet blogs.

     

    Crédit photos : photos personnelles, domaine public..


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  • Cet article a été rédigé en 2014. Il contient des éléments qui rectifie des informations erronées parues dans le journal La Croix, dans un artcile du 17/04/2014 sur le Carmel de Simacourbe.

     

     

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    Le titre de la note n'est pas mon invention. Je l'ai repris d'un article paru dans le Dauphiné Libéré le 25 novembre 2001, signé par Emily Imbert. J'ai pu m'en procurer une copie en contactant le service des archives du journal, moyennant une modique rétribution.

     

    Le début de l'histoire rapportée par l'article, ce sont des parents inquiets de ne plus avoir de nouvelles de leur fille entrée dans un couvent des Hautes-Alpes à Montgardin. La fin de l'histoire, c'est une jeune femme qui en ressort, démolie psychologiquement au point de devoir séjourner dans un institut psychiatrique. Et entre ces deux moments, une histoire assez louche de religieuses qui n'en sont pas, qui se disent carmélites mais qui ne le sont plus et qui ont été accueillies dans le diocèse par Mgr Lagrange.

     

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    L'article nous apprend qu'elles ont été relevées de leurs vœux quelques années plus tôt, au cours des années 90. D'après ce que qu'il m'a été dit par les supérieurs de ces nonnes, à l'époque, cela s'était fait à leur demande. Le journal explique que ces femmes ont été rejetées de plusieurs endroits avant de s'implanter là. On le comprend quand on lit la suite. La journaliste a contacté le vicaire épiscopal de leur diocèse d'origine :   Là-bas, elles exerçaient dans un monastère de Matagne dans le diocèse de Namur. (...)  Le vicaire judiciaire de Namur a donc décidé de faire son enquête. Les conclusions sont accablantes.“La prieure avait beaucoup de pouvoir, beaucoup d’influence”, explique-t-il en soulignant notamment la surcharge de travail que se voyaient attribuer certaines sœurs. “Leurs horaires étaient surdimensionnés”. Et le religieux d’insister sur les conséquences parfois dramatiques qu’avait ce mode de fonctionnement sur des personnalités plus faibles que les autres. Des informations et des comportements largement confirmés par nombre de religieux et religieuses belges, qui n’hésitent pas à parler de “danger”. 

     

    La jeune femme sortie fait état de pressions psychologiques, d'une rupture anormale des contacts avec ses parents, de médication imposée et même du recours à un guérisseur.  Elle s'est sentie manipulée, la supérieure lui a répété qu'elle était carmélite, alors qu'il n'en était rien. Elle lui a dicté ce qu'elle devait dire à l'évêque venu la visiter, alors que, mal à l'aise dans cette institution, elle projetait de la quitter. Cette jeune personne qui avait décidé de consacrer sa vie à Dieu avait été éconduite, précédemment, de plusieurs endroits à cause de sa fragilité. Elle a pourtant séjourné trois ans dans cette communauté alors qu'on l'aurait dû la refuser.

     

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    Si le journal signale que les fausses carmélites ont fait à nouveau des vœux dans un carmel indépendant, un contact avec un représentant de leur ordre d'origine m'a appris, à l'époque, qu'il ne s'agissait pas de vœux en tant que carmélites mais en tant que membres d'une pieuse union de fidèles. Un petit tour sur la toile vous apprendra que l'accueil de ce groupe de pseudo-carmélites étaient un des faits reprochés en son temps à Mgr Lagrange. Voici ce qu'on peut lire dans un exemplaire de La Vie no 2807 "  L’année suivante [1996], pourtant, Mgr Lagrange ouvre de nouveau ses portes sans concertation, cette fois, à deux carmélites venues du diocèse de Namur. Mgr Léonard, leur évêque, avait fermé leur monastère après des accusations graves. "Il était question d’abus de pouvoir des supérieures, et de détournements de fonds, précise Jean-Pierre Oddon. Aucune enquête n’a été menée avant de les laisser venir." Les "sœurs", qui n’avaient plus de lien avec leur ordre, se trouvaient aussi sans statut. Mgr Lagrange s’est empressé de leur en fournir un nouveau"

     

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    Mgr Lagrange, touché par la limite d'âge, prend sa retraite. C'est Mgr Di Falco qui lui succède et il n'est pas enclin à accorder autant de faveurs à ce couvent qui se présente comme un carmel alors qu'il n'en est pas un. Vu ce qu'on vient d'en lire plus haut, on le comprend. Le deux février, on peut lire dans la presse :" Monseigneur Di Falco a eu dernièrement la réponse de Rome et réitère son affirmation : « il n’y a pas de carmel dans le diocèse de Gap ». La communauté des sœurs de Montgardin est une association publique de fidèles, précise l’évêque." Et dans un communiqué écrit cette fois par ce même évêque, nous lisons :    "Lors de mon arrivée dans le diocèse, j’ai eu connaissance de ce délicat dossier, d’autant plus délicat qu’il concerne des personnes. Cette communauté se présentait comme un Carmel, ce qui ne correspondait pas à la réalité et induisait en erreur les jeunes filles désireuses d’être accueillies dans un authentique Carmel."

     

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    Si aujourd'hui, vous vous rendez à Montgardin, vous n'y rencontrerez pas de vraies-fausses carmélites. Elles ont déménagés. Les locaux vont être investis par une fraternité lefebvriste. "Les bâtiments étaient occupés précédemment par des religieuses, vraies-fausses carmélites parties depuis dans le sud-ouest de la France." explique ledauphine.com.  En effet, en 2009, les pseudo-nonnes sont allées s'installer au diocèse de Bayonne, à Simacourbe, invitées par l'évêque du lieu, dont la supérieure s'est fait un ami.

     

    Par un étrange tour de passe-passe ecclésiastique, elles ont réussi à devenir conventuelles du carmel d'Alençon qui les considère comme leur fondation. Les voici à présent érigées en carmel authentique, mais observant d'antiques constitutions qui ne sont le fait que d'un dixième des carmélites déchaussées, très conservatrices. Qui plus est, la maison généralice des carmes déchaux ne semble pas les reconnaître comme telles, elles ne figurent pas dans leur annuaire, alors qu'Alençon s'y trouve. Certains diront que tout le monde a droit à une seconde chance, mais en comptant bien, on en est à la troisième.  Entrer dans un monastère qui a été incorporé dans un ordre par une autorisation du clergé séculier, mais sans l'assentiment des supérieurs de cet ordre, je ne le conseillerais à personne.

    ***

    Et pour cause ... C'est ainsi que se concluait la note rédigée il y a plus de deux ans. Un nouveau rebondissement m'a poussé à le reprendre pour lui adjoindre une suite bien attristante.

    Le quotidien français Sud Ouest a fait paraître un article, ce vendredi 21 octobre 2016 où il rapporte la plainte portée par les parents d'une jeune carmélite entrée à Simacourbe contre la prieure qu'ils soupçonnent d'abus de pouvoir, d'abus de faiblesse et d'autres choses encore.

    L'article du Sud Ouest n'est disponible que pour ses abonnés, mais d'autres quotidiens ont relayé l'information. Après avoir, en vain, alerté l'ordinaire du lieu, les proches de cette jeune femme font appel à la justice.

    France3   Aquitaine et Le Parisien nous exposent ici les faits.


    Béarn : plainte contre une mère supérieure

    Manipulation mentale, abus de pouvoir, négligence envers les santés ... ce sont les mêmes faits qui ont été reprochés à cette même personne il y a vingt ans en Belgique et il y a plus de dix ans à Gap. Pourquoi faut-il que l'histoire se répète ? Une saine prudence et discrétion n'aurait-elle pas pu empêcher ce beau gâchis ?


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  • Un groupe trop peu connu à mon goût : Exo.


     

     

     

     

    Psallite Deo (Taizé)


     

     

     

     

     

    La séquence de Pentecôte : Veni Sancte Spiritus

     



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    Les Anges du péché est un vieux film de 1943 qui raconte le parcours d'une jeune fille exaltée et orgueilleuse dans sa quête de gagner une âme perdue alors qu'elle entre dans une congrégation dominicaine vouée à la réhabilitation de filles perdues.

    Le film a délicieusement vieilli. Le ton est grandiloquent, les actrices bien maquillées, la diction impeccable et le scénario naïf, disons-le tout de suite. C'est un trait commun a beaucoup de films de l'époque où la cohérence et la crédibilité cède le pas sur le désir de raconter une belle histoire. Rappelons-nous que, lorsqu'il fut tourné et lorsqu'il sortit dans les salles, c'était la guerre et le public attendait sans doute de pouvoir s'évader de ses soucis quotidiens et de rêver à une fin heureuse.

     

    La congrégation à laquelle le film fait allusion existe bel et bien ; il s'agit des dominicaines de Béthanie. Elle fut fondée  dans la seconde moitié du XIXe siècle par un dominicain, le père Lataste. Ému par la situation des détenues auxquelles il venait de prêcher une retraite en prison, il en vint à inaugurer cette nouvelle famille religieuse qui permettait à celles de ces femmes qui le désiraient de devenir religieuse.

     

     

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    Il faut savoir qu'à l'époque, on n'admettait pas n'importe qui au couvent. Certaines maisons allaient jusqu'à fermer leurs portes aux enfants nés hors mariage. Cette fondation répondait donc à un besoin de l'époque et elle avait quelque chose de novateur, de révolutionnaire. On y accueillait aussi bien des filles sans histoire que des femmes qui avait un parcours moins reluisant. Parallèlement, les sœurs visitaient les prisonnières pour leur apporter un réconfort spirituel.

     

    Quand l'institut fut fondé, les "réhabilitées" faisaient un double noviciat. Elles commençaient par être aspirante durant plusieurs mois, puis prenaient l'habit, mais un habit noir, pour une période d'acclimatation. Durant environ trois ans, elles s'initiaient à la vie religieuse mais bénéficiaient d'un régime un peu plus doux que celui des sœurs en blanc. Une fois cette période terminée, elles quittaient leur habit noir, devenaient postulantes et suivaient le même parcours que les filles ordinaires pour revêtir l'habit blanc. Elles étaient alors soumises, comme les autres à certaines privations, propre à l'état religieux à l'époque. Personne ne pouvait, de l'extérieur, distinguer les réhabilitées des autres. Cette formule particulière et novatrice permettait de donner le temps nécessaire au cheminement, au discernement et à la formation quand les lois d'Eglise imposaient des délais plus courts qu'aujourd'hui pour l'engagement définitif.

     

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    De nos jours, la congrégation ne suit plus ce régime du double noviciat.  Seule la prieure générale connaît le passé  des sœurs. Celles-ci sont tenues à la discrétion ; elles ne parlent pas de leur histoire entre elles. La congrégation a encore une maison en France, une en Suisse et une autre en Italie. Aux Etats-Unis, une fraternité masculine a vu le jour à l'intérieur d'une prison. Rattaché à l'ordre séculier dominicain, elle vit avec la même structure et au même rythme qu'un couvent : il y a un supérieur et son conseil, on y fait un postulat, un noviciat, on y prononce des vœux, on y prie la liturgie des heures, etc.

     

    Mais revenons-en au film. Les premières minutes rappellent assez fidèlement les récits rapportés dans un livre paru à la fin des années trente, Les Dominicaines des prisons. Le fait que les nonnes restent à prier la même antienne durant tout le sauvetage de la repentie prête tout de même à sourire. Apparaît ensuite le personnage d'Anne-Marie, aussi attachant qu'improbable. C'est avec son apparition que s'accumulent d'incroyables incohérences. Il ne suffit pas de débarquer avec sa valise dans un couvent pour y être admis sur le champ, même à l'époque, surtout pour un institut avec un charisme si particulier. Le fondateur disait qu'une candidate innocente devait avoir quelque chose à sacrifier en y entrant : la jeunesse, le talent, la fortune ... Ici, la candidate a bien quelque chose à sacrifier, mais elle ne le songe pas à le faire : son orgueil.

     

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    Anne-Marie débarque avec la volonté ferme de sauver des âmes, mais également avec un énorme complexe de chien du Saint-Bernard, persuadée de pouvoir tout faire toute seule par sa seule industrie. Comme souvent à l'époque, le cinéma fait l'impasse du postulat. On annonce la prise d'habit des deux nouvelles dans les quinze jours qui suivent leur entrée, alors que dans les faits il fallait compter six mois. Le plus cocasse est l'habillage de la novice dans sa cellule. On ignore la cérémonie de la vêture, Anne-Marie revêt l'habit religieux comme elle aurait revêtu une nouvelle toilette, sans cérémonie, sans dévotion, avec une légèreté empreinte de frivolité. L'autre novice accourt dans un couloir avec le bandeau qu'elle ne sait comment nouer. On se demande ce qui a bien pu passer par la tête du cinéaste pour avoir tourner une scène aussi incohérente. Quand une postulante prend l'habit, il y a toujours une ou deux sœurs de communauté pour l'habiller. Et ça ne se passe pas dans sa cellule ou dans un couloir, mais dans un endroit proche du chœur des religieuses.

     

     

    La vie dans ce genre de couvent n'avait rien de léger et, dans la réalité, une Anne-Marie aurait bien vite été remise à sa place. Il est tout à fait impensable qu'une novice obtînt à l'époque de suivre la prieure en prison à cause de l'une de ses inspirations. On mettait l'obéissance au-dessus de tout et on aurait objecté que le sacrifice de la volonté propre était plus propice à susciter des conversions que des efforts personnels. Les pénitences étaient appliquées dès le début pour briser cette volonté (c'est bien le vocabulaire qu'on employait à cette époque). Comme dans beaucoup de film de ce genre, on ignore qu'une vie contemplative s'accompagne de l'obligation du silence. On voit les novices et les sœurs parler entre elles dans des endroits les plus incongrus comme les couloirs et les cloîtres. 

     

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    Faut-il aussi préciser que jamais au grand jamais on ne confie le soin de former une novice à une autre novice, surtout si cette dernière montre si peu d'humilité ? Donc, Thérèse confiée à Anne-Marie qui l'exhibe partout dans le couvent, c'est mignon dans un film, mais c'est aussi probable qu'un cheval vert à six pattes.  Il est tout aussi improbable qu'une novice assiste aux coulpes d'une professe, et bien davantage qu'elle en accuse une autre, sa propre maîtresse des novices qui plus est, durant le chapitre. Les novices proclamaient, les premières, leurs fautes puis sortaient du chapitre. Si le respect de la hiérarchie était très bien implantée dans la culture du début du XXe siècle, il l'était bien davantage dans les milieux religieux et monastiques.

     

    Anne-Marie refusant de faire une pénitence que, dans la vraie vie, on lui aurait imposé beaucoup plutôt pour bien moins que ça, est renvoyée du couvent. Elle ne retourne pas pour autant dans sa famille ou parmi ses proches mais elle se cache dans une grange. Elle revient chaque nuit prier sur la tombe du père fondateur. Ceci est inspiré d'une anecdote que l'on retrouve dans le livre cité plus haut. Une candidate que l'on avait renvoyé revenait régulièrement prier sur la tombe du fondateur. Quand les sœurs s'en furent aperçues, elles la reprirent parmi elles et elle persévéra. L’histoire dans le film prend un tour plus dramatique.  Anne-Marie reste près de la tombe malgré la pluie et on l'a retrouve sans connaissance à cet endroit, le lendemain matin. C'est très romantique, mais peu réaliste. Comme dans tous les récits de ce genre, l'héroïne contracte une maladie mortelle et s'en va finir ses jours là où elle aurait voulu en passer de nombreux.

     

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    Est-il vraiment utile de préciser que les religieuses ne se couchent pas toute habillée dans leur lit, même et surtout, si elles sont malades ou mourantes ? Le réalisateur a trouvé plus esthétique de montrer une sœur Anne-Marie en habit sur son lit à l'article de la mort. Notre mourante va tout de même se payer un petit sprint aux trousses de la brebis perdue, sans que personne ne la retienne. Et la brebis perdue va se convertir après que la petite nonne au complexe de chien du Saint-Bernard se soit écroulée. Pour la profession in articulo mortis on la force à se redresser et si elle n'a pas assez de force pour prononcer la formule, elle en a assez pour dire qu'elle ne peut pas parler. Il faut dire que "faux raccords" n'avait pas encore été inventé à l'époque.

     

    Que reste-t-il du film une fois que l'on a sauté à pieds joints au-dessus de ces invraisemblances ? Le texte des dialogues a été, plus d'une fois, repris par le théâtre. Dépouillé de la diction emphatique de l'époque, des habits mêmes et des décors, il retrouve un second souffle. Il faut en effet faire abstraction du contexte dans lequel l'avait enchâssé le réalisateur pour en retrouver la symbolique. Anne-Marie incarne le charisme face aux institutions qui, si elles ne sont pas mauvaises (concrètement on ne peut rien reprocher à la sévère Mère Saint-Jean) en arrivent parfois à lui couper les ailes. Mais l'élan généreux dans la quête du salut de la plus réprouvée des âmes se trouve tout de même vicié à la base par la valorisation qu'on y éprouve secrètement. Il doit se butter aux épreuves et aux contradictions pour être purifié.

     

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    Réadmise au couvent, au seuil de la mort, Anne-Marie frise la folie, mais, paradoxalement, son délire la mène à la lucidité, quant à ses motivations, ses erreurs et les dessins inavouables de Thérèse. C'est alors qu'elle divague qu'elle voit clair sur son orgueil naïf et ce qu'elle n'a pas pu donner à la criminelle. Celle-ci, mise à nu, la fuit mais revient sur ses pas quand Anne-Marie s'effondre. Anne-Marie sauve autant Thérèse qu'elle n'est sauvée par elle. Thérèse, aigrie par la haine, est le feu du creuset où l'or va se purifier.  Tous les faux-semblants s'effondrent face à la mort.  La criminelle comprend qu'on ne peut bâtir sa vie sur un mensonge et elle accepte enfin de faire face à ses actes. En prononçant les vœux à la place d'Anne-Marie, elle s'engage dans la voix de l'expiation et de la rédemption. Débarrassée des scories qui gênait sa mission salvatrice et celle-ci une fois accomplie, Anne-Marie peut s'en aller, libre de toute attache vers le Dieu qui l'appelle.

     

    Crédits photos : Les Anges du péché, L.Bresson, captures d'écran.


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  • Comme toujours, l'histoire que vous allez lire est vraie, seuls les noms ont été changés pour préserver la réputation des innocents.

     

    Pour ne pas jeter le discrédit sur un ordre religieux qui a souffert et souffre toujours de la situation, nous l’appellerons ordre de St Ores, un saint qui n'existe pas.

     

    Sr Fausta, soeur orésienne depuis plus de vingt ans, a semé le trouble dans plusieurs couvents de Flandres et s'est fait renvoyer d'un autre en Terre Sainte. Elle échoue dans une communauté près de sa fin, joue de son charme et en devient  la supérieure. Elle accueille ses premières novices et impose au couvent un mode de vie déséquilibré. Des novices et une soeur conventuelle préfèrent quitter le monastère et les premières plaintes parviennent aux oreilles des responsables ecclésiastiques.Pourtant le monastère continue à accueillir des candidates qui se trouvent confrontées au caractère manipulateur de leur supérieure et maîtresse des novices. Äpre au gain, elle se lance dans des projets grandioses d'agrandissement et embellissements des bâtiments. Dans un jeu de séduction larvée envers l'une de ses premières candidates, Alexandra, avec qui elle entretient une relation trouble, elle développe une liturgie splendide mais trop lourde pour le mode de vie du couvent. Par ailleurs, elle néglige la santé de ses soeurs , se montre  jalouse de ses jeunes candidates et développe une curiosité malsaine dans leur façon de vivre la chasteté. 

     

    Vocations ?

     

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     Nous avons déjà parlé de Soeur Pauline. Pour rappel, elle est rentrée à dix-neuf ans dans la congrégation où elle a été pensionnaire. Elle a vécu dans des communautés liées à un établissement scolaire puis à un internat. Sa vocation pour la vie contemplative lui vient après une retraite dans le cadre du renouveau charismatique. Ses supérieures d'alors ont-elles soupçonné une propension à prendre la fuite face aux réalités de la vie ou étaient-elles jalouses de l'une de leurs précieuses recrues ? C'est que la congrégation voyait son recrutement se tarir en Europe. Toujours est-il qu'elles ont tout fait pour l'empêcher de contacter un monastère de l'ordre. Elles ont envoyé des avertissements à tous les couvents de l'ordre de St Orès... en France ! Mais Sœur Pauline est allée se présenter en Belgique, à Saint Hilaire. Et malgré l'intervention des supérieures de la première congrégation, Mère Fausta a accueilli Soeur Pauline à bras ouverts. Il faut dire que c'est une bonne religieuse, douce, patiente, mais malheureusement avec une propension à s'effacer exagérément devant sa nouvelle supérieure qui la tient en piètre estime. Certes, elle lui reconnaît des vertus, mais peu de qualités humaines.

     

    Nous nous sommes déjà penché sur le cas de Soeur Alexandra. Passons à Marie-Noëlle. Elle a grandi dans une famille nombreuse dont la piété tourne à la bigoterie. Une émulation malsaine à qui sera la plus vertueuse, la plus sainte, la plus ... mystique sévit dans la famille qui finira par éclater peu après son entrée. Un événement très douloureux pour la jeune femme qui devient le fer que retourne dans la plaie la colérique Alexandra. La jeune nonne a été habituée, dès son plus jeune âge à assumer pas mal de responsabilités, à prendre des initiatives, à agir selon son bon sens. Elle oscille entre une piété surfaite et compassée, qui se repaît de phénomènes mystiques secondaires pas toujours de bon aloi, d'une part, et une spontanéité, une énergie débordante, une envie d'agir et de créer, d'autre part. Ses difficultés à s'adapter à la vie du cloître sont évidentes pour tout le monde, sauf pour Mère Fausta qui la veut à tout prix, même si cette recrue lui donne du fil à retordre par ses révoltes. Car Sœur Marie-Noëlle n'est pas du genre à se laisser dire ou à se laisser faire. Elle devient rapidement le vilain petit canard du noviciat.

     

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    Plutôt que de la renvoyer dans le monde où elle serait plus à sa place, Mère Fausta prolonge son noviciat de six mois en violation des règles et du droit canon. En effet, un noviciat dure un an minimum, deux ans maximum. Là où il dure un an, on peut le prolonger de six mois, mais pas quand il dure déjà deux ans, comme à Saint Hilaire. Les prolongations n'arrangent rien à l'affaire. Pendant un moment, elle est dispensée de certains offices parce qu'elle ne les supporte plus. Mère Fausta déclare qu'elle a une vocation de "service" et lui fait faire davantage de tâches ménagères. Elle lui fera même faire du vélo pour "fortifier ses nerfs". Sa profession perpétuelle est également ajournée. Mais les sœurs de la communauté ne savent pas que, pendant qu'elles discutent de son admission à la profession, au chapitre, Sœur Marie-Noëlle prie de tout son cœur pour qu'elles ne l'acceptent pas. Comme ce n'est pas le cas, elle n'ose pas prendre l'initiative de s'en aller.

     

    Sœur Martine désire depuis très longtemps s'engager dans l'ordre. Elle le fait malgré les réticences de sa famille. Elle pense avoir trouvé l'endroit où Dieu la veut. Mais après la période de séduction où elle est très enthousiasmée, arrive le moment de la démolition. Celle-ci coïncide avec la prise d'habit. Elle se heurte désormais comme les autres à la susceptibilité de la prieure. Plutôt que de voir les choses en face, elle lui cherche des excuses, de bonnes raisons. L'emprise de la séductrice est telle, que la jeune femme met de côté sa culture et son bon sens. Elle développe un attachement pathologique à sa supérieure et à son alter-ego, elle régresse dans des comportement infantiles, elle devient dépendante affectivement. Elle se croit obligée d'aller lui raconter tout ce que Sœur Marie-Noëlle fait de travers, sous prétexte de se soulager des luttes intérieures que ce comportement provoque. Quand elle se sent repoussée, laissée de côté, elle sombre dans des épisodes dépressifs. Les crises de larmes sont fréquentes, d'autant plus qu'elle manque de sommeil. Sa vie antérieure ne l'a pas préparée à rogner sur son repos ni à s'adonner à des travaux physiquement exigeant.

     

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    Mère Fausta a trouvé cette faille en elle et n'hésite pas à en jouer, en jouant le chaud et le froid. Elle lui fixe un rendez-vous pour un entretien spirituel puis lui pose lapin sur lapin, manquant chaque fois à sa promesse. Sœur Martine s'en montre-t-elle attristée ? Elle se moque d'elle de manière vulgaire, se riant de ses larmes. La supérieure ne peut supporter que la jeune femme la prenne de temps à autre en défaut sur ses connaissances, car elle se présente comme un puits de sciences. Alors elle met en opposition les connaissances de la novice et sa maladresse congénitale. Cette culture générale est la seule chose qui valorise encore Sœur Martine et elle s'y raccroche parfois maladroitement, écorchant au passage Sœur Marie-Noëlle qui a dû interrompre ses études. Elle s'opposera seulement deux fois à sa maîtresse des novices et supérieure. Celle-ci va alors exercer un tel chantage affectif que la jeune nonne, déstabilisée, finit par lui céder et s’aplatir complètement devant elle, dans un désir maladif d'être "en ordre" et de fuir tout conflit. Mais elle devra subir, comme les autres, la rancune tenace de la supérieure. A plusieurs reprises, Sœur Martine se trouve coincée entre sa conscience et les reproches de sa supérieure.  Elle ne voit pas où elle le mal ou la faute qu'elle aurait pu commettre, car elle n'en a commise aucune mais Mère Fausta persiste à lui asséner qu'elle a mal agi.

     

    Une femme entre deux âges réside depuis un bon moment au quartier d'accueil. Les deux novices s'amusent parfois de sa façon très raide la génuflexion et s'imagine que sa dévotion doit être tout aussi raide. Il n'en est rien. Un jour cette sympathique quinquagénaire demande à faire un stage en clôture. Elle s'appelle Marie-Claude et cherche sa voie spirituelle. Elle commence donc un postulat. Elle se donne généreusement mais il lui est difficile de rentrer dans une voie toute tracée. Sœur Martine, avec son désir maladif "d'être en ordre" doit ronger son frein en la voyant faire tout le contraire de ce qu'on lui demande avec un sourire béat. La postulante ne comprend tout simplement pas ce qu'on lui veut. Après quelques mois, son caractère enjoué se ferme, elle perd sa gaieté. Il devient assez évident qu'elle n'est pas faite pour la vie conventuelle. Comme la candidate n'est plus toute jeune, Mère Fausta, cette fois, veut bien se rendre à l'évidence. Elle l'envoie "prendre du repos". Elle lui conseille même de prendre contact avec un couvent du même ordre où la quinquagénaire prendra l'habit et passera deux ans. Marie-Claude passera ensuite à un autre monastère qu'elle quittera tout en gardant l'habit. Et alors qu'elle n'a jamais fait profession, elle se promènera dans la nature toujours habillée en religieuse et se faisant appeler "Sœur".

     

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    Une autre candidate se présente peu après. Valérie est fille unique, elle a été éduquée dans des établissements catholiques mais ses parents sont loin d'être pieux.  C'est contre leur avis qu'elle entre un jour à Sainte-Anne, un couvent de l'ordre, pour y commencer son noviciat. Elle s'enfuit carrément de la maison familiale alors qu'elle est majeure depuis longtemps et laisse une lettre expliquant son départ sur son oreiller. Ce monastère est, à cette époque, fort guindé et cérémonieux, voire exigeant envers les candidates. Valérie a eu un père exigeant qui lui a imposé des études et une orientation professionnelle qu'elle n'aime pas, mais sur d'autres points, elle a été une petite fille choyée, gâtée. Sa piété a quelque chose d'enfantin, de sentimental. Elle cherche plus les consolations de Dieu que le Dieu des consolations. Il lui est difficile de s'adapter à ce qu'on attend d'elle. Elle n'a aucune notion d'ascèse ou de renoncement, elle a horreur de faire le ménage et elle se rebiffe devant certaines tâches qu'elle n'a pas envie d'assumer. La communauté décide de la renvoyer au cours de son noviciat.

     

    Cet échec la plonge dans un état dépressif et elle veut à nouveau fuir le domicile paternel. L'élan mystique n'en est éteint pour autant. La jeune femme connaît une parente de Sœur Agnès. C'est par ce biais qu'elle prend contact avec le couvent de Saint Hilaire. Mère Fausta déclare tout de go que si la candidate n'a pas persévéré à Sainte-Anne, c'est parce ce monastère est conservateur et qu'il ne sait pas s'adapter aux jeunes filles actuelles. Après un court stage en clôture, Valérie rejoint le noviciat. Elle est loin d'avoir l'énergie de Sœur Marie-Noëlle et les scrupules de Sœur Martine. Quand on l'a fait participer pour la première fois à des travaux de peinture qui se prolonge tard le soir, elle déclare simplement qu'elle s'en va dormir, une fois qu'il est vingt-deux heures. Valérie ne sera pas du genre à se sentir coupable à prendre son repos ou son loisir alors que d'autres se pensent obligées à se tuer à la tâche.

     

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    Comme elle me le confiera bien plus tard,  Valérie tient rapidement Mère Fausta pour "une sainte vivante" un "Jésus sur terre". Elle développe, elle aussi, un attachement pathologique à sa maîtresse des novices. Il lui faudra beaucoup de temps et bien des errances avant de s'en défaire totalement.

     

    Un personnage haut en couleur vient se présenter à Saint Hilaire. Nommons-la Gemma. Elle est d'origine italienne, pieuse, d'une piété parfois mal informée mais de bon aloi. Elle est spontanée, d'une seule pièce, aussi franche qu'aimable et serviable, mais malheureusement indécise, incapable de prendre une orientation. Depuis près d'un an, elle cherche sa voix. Elle a trouvé Dieu dans une petite communauté nouvelle, d'inspiration franciscaine. Mais le frère Luc, le fondateur, est en prise avec des difficultés internes : les premiers frères sont partis, faute de discernement et de formation adaptée. Il a le bon sens de se faire aider par des religieux amis. Sa communauté masculine commence à revivre et à renaître de ses cendres. Il comprend que ce n'est pas le moment de fonder une branche féminine. Et surtout pas avec Gemma. Elle est gentille, mais pas très réaliste. C'est difficile, pour cette femme qui va vers ses quarante ans, de se faire une raison. Elle va voir ailleurs, dans des communautés de même style, mais n'y trouve pas ce qu'elle cherche. Elle passe aussi par Saint Hilaire et y fait deux stages. Ce n'est pas qu'elle ne s'y plaît pas, elle se plaît partout, dit-elle.

     

     

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    Et pourtant, Mère Fausta se met en tête de la convaincre que Dieu l'appelle dans son ordre. Elle déploie toute son bagout et sa force de persuasion. Gemma part du premier stage sans être convaincue. Mais elle demande à revenir une seconde fois, ne trouvant sa place nulle part. Les aînées du noviciat ne comprennent pas pourquoi Mère Fausta la veut absolument. La trentenaire ne montre pas vraiment des signes de vocation convaincants. Elle est très bavarde et pas du tout décidée. Elle revient tout de même commencer un postulat. Il ne lui faut pas longtemps pour se rendre compte qu'elle ne fera pas long feu à Saint Hilaire. Elle prépare cachément ses paquets et attend la visite du frère Luc venu pour une conférence car il n'est pas question qu'elle rate une telle occasion. Une fois le moinillon parti, elle s'en va et pour de bon, mettant Mère Fausta devant le fait accompli. Pour avoir fait un stage dans un autre couvent du même ordre, elle n'y a pas reconnu le même esprit, la même spiritualité.

     

     

    Entre temps, deux jeunes femmes sont venus s'essayer à la vie religieuse, Bénédicte et Hélène. Bénédicte est une jeune veuve qui a travaillé comme secrétaire avant de s'orienter vers la vie consacrée. Elle fait un stage puis commence son postulat. Bénédicte a vécu, elle ne s'en laisse pas conter facilement. Elle n'est pas longue à débusquer les anomalies et les contradictions de la vie à St Hilaire. La soumission aveugle, ce n'est pas pour elle. Elle n'hésite pas à dire à Mère Fausta qu'elle ne peut pas être au four et au moulin, quand celle-ci lui reproche de mal entretenir le bout de jardin qu'elle lui a confié. Elle prend avec désinvolture et même avec agacement les recommandations de Sœur Martine chargée de l'initier aux usages de la cuisine de la communauté. De même, elle n'a pas envie de se plier aux indications d'Alexandra qui lui apprend comment faire des icônes collées sur bois. Elle ne se prive pas de dire aux novices que la supérieure veut toujours avoir raison. Les explications pieuses et préformatées de Sœur Marie-Noëlle et de Sœur Martine ne la convaincront que d'une chose : elles ont développé un attachement anormal à la prieure ou même à son binôme qui a effacé chez elles tout esprit critique.

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    Mère Fausta a bien envie de faire plier sa postulante. Elle l'oblige à lire à son tour, comme les autres, les lectures bibliques de l'office. Pourtant, Bénédicte souffre d'un blocage qui fait qu'elle est incapable de lire à haute voix en public. Mère Fausta s'en joue et veut la faire plieur. Mais elle finira par le regretter. Un jour, Bénédicte laisse éclater sa colère et lui dit son fait puis elle quitte le noviciat. Il faut dire que pour certaines, c'est soulagement de voir s'en aller cette forte tête. Et pourtant Bénédicte a un petit regret. Elle revient une semaine après être partie. Mère Fausta préfère confier sa formation culinaire à Sœur Pauline car elle ne peut plus voir Sœur Martine en peinture. La jeune nonne, dans son obsession d'être dans l'obéissance a mis trop de soin à  faire rentrer la postulante dans le moule et ses sorties maladroites qui se voulaient drôles n'ont pas pris la postulante dans le sens du poil. Bénédicte ne restera pas longtemps. Elle reçoit les confidences de Gemma prête au départ, n'en pipe mot et s'en va peu après. 

     

    Nous en venons donc à Hélène qui est entrée peu avant Bénédicte. Elle a la quarantaine bien entamée et a exercé des fonctions importantes dans une entreprise. Elle est intelligente, cultivée, mais sa personnalité n'est pas très équilibrée. Elle a une étrange propension à prendre la mouche pour des choses anodines, à prêter des  intentions agressives aux autres. Elle se cache derrière un sourire formel, de façade et se ferme complètement dès qu'on la contrarie dans ses convictions, elle élude alors la conversation. Hélène s'est essayée ailleurs à la vie religieuse, dans un autre ordre. Les sœurs de là-bas l'ont jugée impossible à former. Quand Mère Fausta la présente à la communauté à la vêture, elle se garde de communiquer ce détail aux capitulantes. Malgré son handicap de caractère, Hélène est sans doute moins dupe sur la situation du monastère que les autres jeunes nonnes qui s'y trouvent. Nous aurons l'occasion d'y revenir plus tard.

     

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    Une quadragénaire vient rejoindre Hélène au noviciat. Claudine a un métier paramédical qu'elle exerce consciencieusement auprès de personnes handicapées mentales. Elle est gentille, patiente, mais peu résistante physiquement. Elle a aussi un idéal de vie communautaire peu réaliste : la communauté fusionnelle. De fait, sa personnalité se dissout dans la masse. Elle devient incapable de prendre des décisions, elle demande des permissions pour un oui ou pour un non. On ne sait trop à quoi elle passe ses journées. Elle arrive en retard au travail et son regard est vide. Un père orésien en visite s'étonnera de son faciès figé. "Mais souriez, ma soeur, lui lancera-t-il gaiment." En petit comité, il la surnommera "le sphynx".

     

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    Au début des années nonante, deux autres personnes passeront à St Hilaire sans y rester. Une femme âgée, encore mariée mais en instance de divorce commence un postulat malgré l'empêchement canonique. On l'a refusée ailleurs parce qu'elle n'avait pas obtenu les dispenses nécessaires. Peu importe pour Mère Fausta : cette femme a de l'or dans les doigts, c'est une couturière professionnelle très douée qui sera de grande aide à l'atelier de confection. Elle souffre cependant d'allergies telles qu'elle doit se laver plusieurs fois par jour, ce qui l'empêche d'être présente à certains actes de communauté. Elle suit également un régime particulier qui lui interdit certains aliments.  Se sent-elle mal à l'aise au sein du couvent, en décalage avec ses compagnes de noviciat ? A-t-elle un mauvais pressentiment ? Toujours est-il qu'au retour d'un congé hors monastère pour régler une affaire temporelle, elle annonce qu'elle quitte le noviciat pour raison de santé.

     

    Après elle vient une tertiaire, plus jeune mais dans la même situation matrimoniale, qui, elle aussi, n'a pas les dispenses nécessaires. Empêchée d'entrer en communauté par le vicaire épiscopal qui remplace désormais le vieux prélat à la retraite, elle se propose d'aider Caroline à l'accueil. L'expérience tourne court. Cette femme d'âge mûr se rend bien compte qu'elle ne retrouve pas à St Hilaire l'esprit de l'ordre, ni le climat qu'elle a pu percevoir dans d'autres monastères orésiens. Elle prend ses dispositions et s'en va après quelques mois.

     

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    Le noviciat qui recrute autant, comme celui de Saint Hilaire, a de quoi faire envie, vu de l'extérieur. Mais quand on y regarde de plus près, on y voir une belle brochette de femmes qui n'ont rien à faire dans un cloître : sans réelle vocation, sans aptitude pour la vie communautaire, sans esprit religieux, voire déséquilibrées ... aucune n'a persévéré dans cette voix. Lorsque certaines rescapées de cette époque se retrouvent entre elles pour parler de cette époque, elles se disent l'une l'autre quel était leur état de détresse psychologique, à cette époque.

     

    Crédits photos : Photolibre, Culture Club, The Nun's story, La religieuse de Rivette, montages personnels avec poupées mannequins

     

     

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